[REPORT] Les auditions des Inouïs du Printemps de Bourges aux Abattoirs (Cognac)

Nous étions, le 2 février dernier, aux auditions régionales des Inouïs du Printemps de Bourges qui se tenaient aux Abattoirs, scène de musiques actuelles à Cognac. Au programme de la soirée : quatre groupes aux esthétiques bien différentes, du hip-hop, au garage-rock, de l’électro au Stoner. Et un jury composé de différents acteurs des musiques actuelles. Retour sur cette soirée, dernière ligne droite avant le festival du Printemps de Bourges.

Ce report a été réalisé par Hugo, volontaire en service civique au RIM.

Écouter la chronique radio à l’antenne de Radio Pulsar ici.


Quatre groupe, un jury, un public réceptif, des groupes amateurs émergents jouant sur une belle scène, des styles bien différents… Quelques éléments pour résumer une soirée riche en musique originale.

Les Abattoirs de Cognac

Notre scène du soir !

A 20h30, Lucky Wild Mob, groupe de hip-hop ouvre le bal. Ces 6 jeunes, 4 rappeurs et 2 beatmakers, tout juste sortis du lycée, sur une instrumentation flirtant avec le dub, chargée en basse, nous délectent de leur son énergique sans compromis, tant par leur jeu de scène que par leur flow.

Le groupe de Hip-Hop Lucky Wild Mob

Vient ensuite The Big Idea (écouter leur interview dans notre chronique radio ici). Un groupe quelque peu OVNI, 7 musiciens, une formation garage rock composé de 4 guitaristes, un batteur, un bassiste, un percussionniste/claviériste, jouent également des instruments un peu plus atypique dans ce style musical (de la flûte à bec, du tambourin, du triangle…). Ils nous déversent un cocktail explosif, remuant, dansant et original, tantôt garage rock, tantôt psyché, tantôt funky et plus orienté pop, ces 7 jeunes rochelais, exilés à Paris, se démarquent également dans leur productions studio, avec la création d’albums concepts racontant une histoire, avec des pistes portant un nombre aléatoire, dont le prochain sortira le 3 Mai sur le label Only Lovers Records.

The Big Idea

Daytona ! Album concept du groupe.

La soirée se poursuit avec MLD, un projet solo électro, joué sur scène sans ordinateur, avec des synthétiseurs analogiques. MLD nous a fait profiter de son univers lors d’un set ininterrompu de 30 minutes, inspiré d’artistes tel que Chemicals Brothers ou LCD Soundsystem, une bonne gestion des effets, un ensemble planant qui a conquis le public.

L’artiste MLD

En fermeture de cette soirée, le groupe Birdstone est venu nous faire profiter de son projet Stoner Rock/Hard Rock, inspiré entre autre par Led Zeppelin, à travers des riffs lents bien appuyés, un chant montrant une grande virtuosité et un jeu de scène rappelant les groupes de la fin des années 70s. Un groupe sans complexe, très juste et précis qui a conclu cette soirée de façon optimale.

Birdstone

Si aucun des artistes n’a finalement été sélectionné pour le festival, l’ensemble reste prometteur, ils auront l’occasion de retenter leur chance l’année prochaine, en travaillant sur leur points faibles relevé par le jury. La Nouvelle-Aquitaine sera néanmoins représentée à Bourges par deux artistes :

San Salvador, groupe Corrézien entièrement vocal, articulant son projet artistique autour de la polyphonie, un projet développé par le Collectif Vacance Entropie.

Obsimo, artiste Bordelais faisant partie de la sélection pépinière du Krakatoa 2019, et présent sur la dernière compil’ #10 du label Banzaï Lab, qui, entouré de contrôleurs, de synthétiseur et de sa guitare, nous délivre sa musique électronique envoûtante.

Ces artistes se produiront au Printemps de Bourges du 16 au 21 Avril 2019, et bénéficieront de modules d’accompagnement au cours de l’année.

Pour plus de détails sur cette soirée :

Notre chronique Radio Pulsar sur le sujet !

Site officiel des Inouïs du Printemps de Bourges

Site des abattoirs de Cognac

Musique des groupes du soir :

Lucky Wild Mob

The Big Idea

MLD, à paraître sur le label BedRoom Records

Birdstone

Musique des Néo-Aquitains sélectionnés :

San Salvador (sur le label Lost In Traditions)

Obsimo

[GRANDE ENQUÊTE] La filière musiques actuelles en Nouvelle-Aquitaine

L’A. lance la 2ème étape de la démarche d’observation des musiques actuelles en Nouvelle-Aquitaine : l’enquête, qui permettra de réaliser le portrait socio-économique des acteurs de la filière.

La démarche d’observation des musiques actuelles démarrée par la carte des principales structures de la filière (ci-dessous), conçue avec la participation des acteurs professionnels, se poursuit maintenant par une 2ème étape : l’enquête.

Voir en plein écran

Une enquête va donc être menée pendant un mois sous la forme d’un questionnaire en ligne. Il permettra de dresser le portrait socio-économique des acteurs de la filière.

Répondre à l’enquête

Une restitution publique de ce travail est prévue en début d’été à l’occasion d’un temps fort du contrat de filière.

[REPORTAGE] Rencontres du SOLIMA Creuse, vers une SMAC creusoise ?

Peu avant les fêtes de fin d’année se tenait à Guéret un temps de concertation entre différents acteurs du département et de la région :  des artistes, des représentants de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles), des associations creusoises dans le secteur culturel ainsi que des salariés du Réseau des Indépendants de la Musique. Retour en texte et en images sur cette journée « Musiques actuelles en milieu rural : un levier de développement local ».

Ce report a été réalisé par Hugo, volontaire en service civique au RIM.

Le SOLIMA Creuse ou Schéma d’Orientation des Lieux de Musiques Actuelles en territoire creusois, est une structure ayant pour objet depuis 2017, de dynamiser les actions culturelles sur son territoire, à l’image de cette réunion d’acteurs dans l’espace André Lejeune.


La matinée fut consacrée à présenter le SOLIMA Creuse, ses apports, ses intervenants réguliers, les résidences territoriales qu’il met en place – dont bénéficie notamment l’artiste Angéla Flahaut – ainsi que son projet d’accompagnement sur les rails, dont a bénéficié l’artiste Mathieu Delarbre.

Parmi les intervenant, nous avons pu retrouver :

  • Rémi Faure (SOLIMA Creuse – voir interview en fin d’article).
  • Véra Bezsonoff (FEDELIMA).
  • Marianne Valkenburg (DRAC – voir interview en fin d’article).
  • Nos deux artistes Angéla et Mathieu cités plus tôt.
  • Florent Teulé (RIM).
  • Jean-Michel Lucas (intervenant Droits Culturels).
  • Angélique Védrine (Département Creuse).
  • Hervé Herpe (la Guéretoise).
  • Pascal Gaméra (La Naute à Champagnat).
  • Eric Correia (Conseiller Régional Nouvelle-Aquitaine).

Un collège d’acteurs venant de différents horizons, mais tous réunis pour répondre à des problématiques communes et apporter leur pierre à l’édifice d’une journée bien animée.

Nos intervenants du jour !

Organisation du SOLIMA

Le début d’après midi fut dédié à la mise en œuvre de petits « ateliers-débats » sur différents thèmes donnés. On y retrouve pêle-mêle, des sujets comme l’égalité homme-femme, les droits culturels – où M. Jean-Michel Lucas est intervenu –  la question du financement et des subventions dans les musiques actuelles… Le tout animé par les salariés du RIM et des adhérents au SOLIMA.

De gauche à droite : Jean-Michel Lucas, Florent Teulé et Rémi Faure.

Une fois le bilan de ces ateliers effectués, l’heure était venue pour le SOLIMA Creuse d’aborder une des thématiques phares du champ d’action de la structure : la mise en place d’une SMAC (Scène de Musiques ACtuelles) Creusoise, qui aurait la particularité de ne pas être liée à une salle en particulier, mais à tout un champ de lieux de musiques actuelles qui formerait, par la force de ce collectif, la SMAC en Creuse, désirée par les différents acteurs du département.
Les objectifs de ce fonctionnement seraient entre-autres de valoriser les actions du département, de favoriser l’accès à la culture et à la musique, et de ne pas tomber dans le piège de centraliser le cœur de l’activité sur une seule ville du département.


Enfin, la soirée s’est achevée sur deux concerts, celui d’Angela Flahaut et de Aldidmat (groupe de Mathieu Delarbre), deux artistes bénéficiant des modules d’accompagnements et de résidence du SOLIMA, de façon à mettre en pratique ce pourquoi cette structure existe avant tout : la diffusion de musiques actuelles.


Envie d’en savoir plus sur cette journée ? Jetez un œil à la synthèse de cette journée réalisée par le collectif Zélie !

Article du 25/01/2019 de lamontagne.fr

Site du SOLIMA Creuse

Chronique Radio pulsar du 07/01/2019 (Interviews de Rémi Faure et de Marianne Valkenburg)

Chronique du 26/01/2016 sur les droits culturels, par Radio Pays de Guéret (intervention de Jean-Michel Lucas)

En vidéo : la dynamique des musiques actuelles en Creuse

 

[OFFRE D’EMPLOI] Ampli recherche assistant(e) action culturelle

L’association AMPLI, créée en 1983, est labellisée SMAC depuis 2012 et a en charge La route du son, lieu dédié aux musiques actuelles au sein des Abattoirs, espace d’art contemporain et de design graphique de la Communauté d’Agglomération Pau Béarn Pyrénées.

Son projet associatif se développe autour de l’aide à la création, les concerts, la médiation et la sensibilisation des publics, l’accompagnement de projets, le travail en réseau et l’action culturelle.

Les objectifs principaux de l’association :

• Soutenir et développer la pratique musicale,
• Permettre à des artistes émergents, alternatifs et singuliers de rencontrer un public,
• Appréhender les musiques actuelles comme un moyen d’expression et d’émancipation,
• Transmettre et partager notre expertise du secteur des musiques actuelles.

Contexte de recrutement :
Depuis bientôt 15 ans AMPLI développe un programme d’action culturelle qui s’adresse à des typologies de publics toujours plus larges, « tout public » et public éloigné – empêché (scolaires, en situation de handicap, quartiers « politique de la ville », seniors…).
Pour répondre à des besoins croissants des publics et des territoires, AMPLI souhaite initier une nouvelle étape de son développement et renforcer le secteur de l’action culturelle.

Missions :

En lien avec le responsable de l’action culturelle et sous la responsabilité du directeur, il/elle sera amené(e) à être en charge de :

=> Coordination des projets d’action culturelle :
• Coordination des actions : conception et gestion de planning, lien entre artistes et structures, participation à des réunions ;
• Suivi administratif des actions : rédaction de fiche-projet, convention, compte-rendu, déclaration des intervenants…
Il/elle pourra être amené(e) à assurer des interventions et des séances de médiation pour certains ateliers.

=> Développement de projets d’action culturelle et de vie associative :
• Actions spécifiques à mettre en œuvre auprès des scolaires, notamment lycéens,
• Développement du lien avec les adhérents de l’association,
• Participer au développement des actions avec nos partenaires / voisins du site des Abattoirs

Profil recherché :
Outre une appétence pour l’action culturelle et un goût pour la médiation, un attachement au monde associatif et à ses valeurs, le.la candidat.e devra faire preuve de :

=> Savoirs :
• Connaissance en conduite de projet d’action culturelle et de médiation, des publics et des structures
• Connaissance du fonctionnement associatif, des réseaux artistiques et culturels

=> Savoir-faire
• Coordination de projet
• Animation, encadrement et évaluation de projet

=> Savoir-être
– Sens de l’organisation, de la planification et de l’anticipation,
– Capacité d’analyse et de synthèse,
• Aisance relationnelle et rédactionnelle,
• Capacité d’initiative tout en sachant respecter les consignes.

CDD de 9 mois renouvelable une fois
Pérennisation en CDI envisagée

Temps partiel (30h par semaine)
Temps plein envisagé à terme.
Salaire brut : 1364€
Niveau de rémunération : groupe B de la convention collective de l’animation.

Permis B et véhicule indispensable (frais de déplacements pris en charge)

Lieu de travail :
Le siège social d’AMPLI est situé à Billère. Les projets d’action culturelle sur lesquels la personne serait amenée à se déplacer se déroulent essentiellement sur l’agglomération paloise.

Date limite des candidatures : 19 mars,
Entretiens à partir du 21 mars,
Poste à pourvoir courant avril.

Renseignements : Stéphane Cortijo ; centre-info@ampli.asso.fr

Candidature à adresser à :
AMPLI
Mme La Présidente
51 allée Montesquieu
64140 Billère

[INTERVIEW] JC présente Microcultures : production musicale à la carte

Microcultures Records, label indépendant basé à Poitiers, créé par Jean-Charles Dufeu en 2010 propose une nouvelle version de son site internet, plateforme destinée aux artistes voulant s’auto-produire dans de bonnes conditions. L’occasion pour le RIM d’aller faire un tour chez Microcultures, de revenir sur les activités du label et de conjecturer sur l’avenir du disque…

Cet article a été réalisé par Hugo, volontaire en service civique au RIM.

RIM : Bonjour Jean-Charles, peux-tu nous définir Microcultures en quelques mots ?

Jean-Charles Dufeu : C’est une structure de production musicale composée d’un label indépendant et d’une structure d’accompagnement. Cette dernière propose un service à la carte aux artistes auto-produits qui ont des besoins un peu spécifiques auxquels on peut répondre en production exécutive.

RIM : Comment la structure s’est-elle créée ?

JCD : Elle a été créée fin 2010 par deux associés (le deuxième associé ne fait plus partie de la société), je venais de quitter Amazon pour qui j’ai travaillé 4 ans, pour monter Microcultures. Cela s’est fait de façon classique et rudimentaire avec les moyens du bord, on a investi chacun 10 000 € à l’époque, un capital assez modeste mais qui nous permettait de lancer l’activité. Une activité de production, de label indépendant mais avec un système de financement participatif, c’était à l’époque assez nouveau en France et cela s’est largement développé depuis. Ce système-là était un moyen pour nous de financer nos projets, on testait à la fois le marché de la musique et de la production ainsi que le crowdfunding qui était nouveau pour tout le monde y compris pour nous.

RIM : Le crowdfunfing a été un peu le fer de lance du projet…

JCD : Ce fut un outil important dans le fonctionnement, qui nous semblait intéressant, que ce soit pour des raisons économiques afin d’équilibrer un budget fragile ou pour des questions de communication, de nouveaux usages, de communauté, de marketing… Cette double identité musique et crowdfunding fut assez déterminante pour nous. Les gens nous identifient un peu au deux encore aujourd’hui même si on prend peu à peu nos distances avec ce système.

La proximité, l’activité, la bienveillance institutionnelle et le financement… Ce sont plutôt de bonnes nouvelles et des facteurs de développement que je n’anticipais pas.

RIM : Le déménagement depuis Paris vers Poitiers et dans la région Nouvelle Aquitaine a-t-il permis de trouver un cadre propice au développement de la structure ?

JCD : Eh bien oui. Ce n’était pas un déménagement pour raison professionnelles mais personnelles, sans attentes particulières car je ne connaissais ni Poitiers ni la région, j’y allais en toute naïveté, mais ça a été une bonne surprise. Cela fait deux ans maintenant que je suis ici et que Microcultures à déménagé son siège social. Les points positifs :

  • La bienveillance et l’accueil du réseau des acteurs locaux (autres labels, structures d’accompagnement, le RIM…). Il y a un tissu très favorable aux rencontres, les gens ici se connaissent tous dans le milieu de la culture vu que c’est une petite ville. À Paris on a un peu ce phénomène là mais il y a une forme de concurrence/compétition. Ce n’est pas le cas à Poitiers et c’est très agréable, on rencontre très vite les gens, ça va vite de prendre un café, de faire connaissance… Ce qu’à Paris, on ose peut être moins faire. Même dans d’autres secteurs hors de la culture, on retrouve ce côté là.
  • La deuxième bonne surprise est que l’ex Poitou-Charentes était une région ayant l’habitude d’investir dans la culture. On le ressent à l’échelle du label, il y a des financements qui existent et qui sont abordables mais surtout des gens dont c’est le métier sont là pour nous rappeler que ces financements existent, ce n’est pas le cas à Paris.
  • Troisième point, la scène musicale est très active dans la région. C’est quand même agréable d’arriver dans une ville où l’on sent qu’il se passe quelque chose. À l’échelle des artistes, il y a pas mal de dispositifs qui existent, un tissu porteur (festivals, initiatives, événements) une activité que l’on ressent tout de suite… C’est assez plaisant tout ça, la proximité, l’activité, la bienveillance institutionnelle et le financement… C’est plutôt de bonnes nouvelles et ce sont des facteurs de développement que je n’anticipais pas. Je ne suis pas venu ici par opportunisme mais je suis agréablement surpris, c’est sans regret.

RIM : Votre travail s’articule entres deux axes principaux : la production de disques et l’accompagnement d’artistes : peux-tu décrire en détail le processus suivi pour mener à bien ces deux missions ?

JCD : Il y a deux branches assez distinctes dans le modèle économique mais les deux sont très liées. Ce qui va distinguer notre position de producteur de notre position d’accompagnateur c’est la relation que l’on va avoir avec les artistes.

  • En tant que producteur/label, notre position implique une prise de risque, un investissement financier, opérationnel, de temps, d’énergie, émotionnel car on investit une relation avec l’artiste. Ce sera récompensée ou non, que ce soit financièrement ou sous d’autres formes (en terme de notoriété, marque ou réseau). On est  dans le même bateau que l’artiste, ça ne marchera pour nous que si ça marche pour lui. On est sur un engagement contractuel, nous sommes éditeurs et l’artiste nous cède ses droits pour plusieurs années. Le plus souvent, on s’engage sur cette partie avec des artistes avec qui on a un historique, parce qu’on à déjà eu une première expérience en production exécutive.

En tant que producteur / label, on est dans le même bateau que l’artiste, ça ne marchera pour nous que si ça marche pour lui.

  • L’accompagnement, ou production exécutive, en fait c’est très similaire. Notre boulot c’est de sortir un disque dans les meilleures dispositions possibles, coordonner la promotion, la distribution, la fabrication, de conseiller, d’encadrer, de manager… En production exécutive on agit en tant que prestataire : juridiquement, on n’a pas de lien contractuel avec notre artiste. Il s’accorde avec nous sur la prestation qu’il veut viser, elle est cadrée mais elle lui assure toute sa liberté artistique, sa liberté de décision. C’est lui qui a le « final cut » sur les décisions stratégiques, nous allons avoir un rôle de consultant, de manager. L’artiste a pleine propriété de ses œuvres et disques, de son répertoire… On est dans un rôle de prestation où nous allons faire en sorte que cela se passe le mieux car notre rémunération va en dépendre, c’est une relation cadrée par un devis, une relation commerciale où on répond à un besoin d’un artiste, on l’identifie, on le chiffre… Par exemple si l’artiste à besoin de faire presser 500 disques digipack avec livret 12 pages on va faire un devis pour ça, il donne son accord ou non, puis nous nous rémunérons généralement en prenant une commission de gestion.

En production exécutive, on agit en tant que prestataire : juridiquement, on n’a pas de lien contractuel avec notre artiste

                 Jean-Charles Dufeu dans les locaux de son label

RIM : Vous êtes répartis sur trois sites de travail (Bruxelles, Paris et Poitiers), peux-tu nous présenter l’équipe ? Comment vous organisez vous au quotidien ?

JCD : On avait mis ça sur l’ancien site internet mais c’est plus du marketing… J’ai un associé à Bruxelles qui peut initier des projets là bas. Il n’intervient pas pour la structure au quotidien mais de façon plus ponctuelle. En revanche sa présence est réelle. Pour le cas de Paris c’est moins usurpé car j’y ai tout d’abord passé 15 ans dans le cadre de Microcultures mais on a aussi une intervenante à Paris qui travaille au quotidien pour nous et avec qui on est en contact très régulièrement. Au quotidien on est essentiellement trois :

Margot Beck à Paris en freelance depuis trois ans pour nous, il y a une vraie relation partenariale, elle s’occupe de toutes les demandes de subventions pour la structure ou les artistes, de la comptabilité, de la gestion et de l’administration dans sa globalité et elle fait occasionnellement de l’accompagnement d’artistes sur les questions de financement participatif.

Judicaël Dacosta est plus positionné sur la gestion du label et prestation de service sur toute la partie production exécutive. Sur les questions de fabrication il gère les devis, les coûts, les questions techniques relatives à la fabrication, au BAT (Bon à tirer avant de fabriquer le disque, c’est l’aperçu du résultat avant l’impression), aux validations graphiques… Il connaît très bien les questions de distribution et ses compétences lui permettent d’avoir une bonne expertise budgétaire…

– Et moi je coordonne le tout, je suis à la direction artistique du label en relation avec tous les artistes signés, je choisis les disques diffusés ou non.

RIM : Votre principe de production de disques repose sur le financement participatif, pourquoi ce choix en particulier ? Comment vois-tu l’évolution de ce modèle sur le long terme ?

JCD : Ce n’est pas le seul schéma du modèle économique, ça fait partie de notre ADN et notre identité initiale, j’y suis toujours très attaché. Cela fait partie du modèle car c’est un excellent outil, c’est flexible, modulaire, on en fait ce que l’on veut, il n’y a aucune contrainte de timing, financièrement les artistes ou partenaires de projets peuvent se fixer les objectifs qu’ils souhaitent. C’est un outil qui a une valeur ajoutée incroyable quand il est bien maîtrisé. Mais il y a à boire et à manger, il y a eu pas mal de dérapages où le financement participatif était utilisé à tord et à travers.

Comme tout nouveau système on passe par plusieurs phases :

  •  Première phase : Celle des débuts, tout le monde est très enthousiaste et dithyrambique. 
  • Deuxième phase : Après un certain temps d’adaptation, on met en avant les limites et on dénigre l’outil.
  • Troisième phase : Au bout de plusieurs années, on est plus objectif sur le système. On en vient à peser le pour et le contre et à mieux l’utiliser.

En France on se situe à la fin de la phase deux. Personnellement, je pense que le financement participatif est bien en terme de communication et de production. Mais d’un autre côté on voit des artistes qui se cassent les dents dessus, ils sont sur un vecteur de communication où ils sont culpabilisants ou absents. Le crowdfunding n’est ni bon ni mauvais en soit, ça peut être un super outil.

Quand le financement participatif est bien utilisé, cela peut être un superbe outil

 

RIM : Jusqu’à tout récemment, votre site internet, une plateforme de diffusion et de promotion pour les artistes de votre label est en V3. La nouvelle version du site est sortie, quelles nouveautés apporte-t-elle ?

JCD : La nouvelle version du site est la plateforme la plus satisfaisante pour nous mais également la plus simple techniquement et en terme d’usage.
Elle synthétise ce qu’on fait depuis deux ou trois ans sans communiquer dessus, c’est un site de service vraiment à disposition des artistes qui va proposer nos prestations sur l’ensemble de la chaîne de production et qui va présenter l’ensemble des activités sur lesquelles on pourra se positionner.

Le crowdfunding sera une des portes d’entrée non obligatoire mais ce ne sera pas la seule. C’est un pur site de ressources et d’informations, de premiers conseils pour auto produire son disque, les questions à poser, les erreurs à éviter et évidemment une porte d’entrée qui pourra nous permettre de nous positionner sur les besoins exprimés par les artistes.

C’est une innovation d’usage et pas du tout une innovation technique, qui d’ailleurs a été largement soutenu par la région Nouvelle Aquitaine. Notre site est en fait une vitrine, un flyer en ligne qui permet d’accéder à nos services qui proposent une solution, une alternative entre auto production et le label. C’est un peu la troisième voie entre la veille industrie classique – où la recherche du label était indispensable – et la voie de l’auto production complètement DIY (Do It Yourself) où l’artiste fait tout lui même. A mon sens, l’artiste ne peut pas absolument tout gérer tout seul, on ne peut pas être bon partout. Nous pouvons prendre le relais sans pour autant être label et prendre des droits sur les chansons.

RIM : Judicaël Dacosta, prestataire de Microcultures, possède également un autre label «Only Lovers Records», vos deux labels sont adhérents au RIM. Travaillez-vous en collaboration avec d’autres structures/adhérents du réseau ?

JCD : Oui ça peut être le cas mais à mon goût on ne le fait pas assez. On a monté une soirée avec le Confort Moderne, on avait fait une soirée avec le Plan B qui n’existe plus malheureusement… Maintenant qu’on va avoir un outil clair, on sait quoi en faire et comment l’utiliser, c’est vraiment quelque chose qu’on a envie de développer. On veut se faire connaître au sein du réseau et communiquer sur notre outil qui aurait l’option d’être utilisé par d’autres labels. On a un peu travaillé de façon informelle avec Talitres à Bordeaux, on espère qu’on pourra le formaliser avec notre nouvelle mouture de site…

En fait on n’a pas vraiment pour l’instant de logique de partenariat très formalisé, chose que l’on aimerait bien faire par exemple avec Poitiers Jeunes ou le Confort Moderne, avec des studios, avec des salles de concerts de la région… il y a plein de choses à faire. Il y a aussi d’autres plateformes, je pense notamment à Purple Base à Bordeaux qui propose des services aux artistes, du booking… C’est aussi quelqu’un avec on pourrait collaborer. Il y a plein de synergies possibles, depuis qu’on est arrivé on a pas encore fait beaucoup de communication, on était plutôt dans une période de remise en question dont on est en train de sortir avec ce nouvel outil. On pourra aborder ces questions de partenariats, de collaborations désormais.

RIM : Comment vois-tu le futur de la scène indépendante, de la musique enregistrée ainsi que du support physique ?

JCD : On est obligé d’y réfléchir, parce que quand on voit les relevés de ventes, quand on discute avec les distributeurs, avec les attachés de presse, ces questions là affleurent tout de suite. Alors évidemment les signaux ne sont pas forcements très encourageants notamment pour les distributeurs, le corps de métier le plus affecté par la crise du disque, mais mon opinion est que les règles sont en train de changer. Le CD est un support en train de terminer sa course, il y a aussi une forme de nostalgie par rapport à ça…

RIM : Le support physique semble être devenu une sorte d’objet de collection…

JCD : Oui il y a aussi cette forme de bibliothèque, les gens ne sont pas forcément prêts à jeter leur livres même si ils ont des liseuses… Le streaming, le téléchargement, c’est quelque chose qui peut être très excitant aussi, on en est qu’aux premières années. Il y a plein de choses à explorer, pour tirer son épingle du jeu il faut commencer à se soucier très sérieusement de ces problématiques là, chose que nous ne faisons pas assez à Microcultures, ou du moins trop peu, mais certains distributeurs historiques du marché ne le font pas du tout.

Le numérique doit être une des priorités de réflexion, mais à côté de ça de nouvelles choses sont apparues comme le crownfunding.  Il y a aussi des perspectives de développement qui vont un peu changer, on va vendre peut être un peu moins de disques dans 5 ans, mais un travail sur la musique à l’image, les playlists, le streaming peut compenser. On ne peut pas regretter cette évolution, on ne reviendra pas à l’âge d’or du CD, du support physique… Il faut accepter l’idée que ça devient un marché de niche, pour collectionneur, mais ça reste un marché ! Il faut l’aborder comme tel en privilégiant peut être des objets un peu collectors, une peu luxueux… Nous devons réussir à recréer de la valeur.

Ma vision du marché à venir n’est ni optimiste, ni pessimiste, il va y avoir plein de changements. Nous ne maîtrisons pas encore ce qu’il va se passer, il faut être à l’affût, faire preuve d’adaptabilité, se montrer assez réactifs, ne pas s’accrocher aux vieux standards car ce n’est pas comme ça que ça va marcher. Quelque chose est en train de se dessiner, peut être que la distribution dans 5 ans ou 10 ans n’aura plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui.

 

Questions Bonus

 

RIM : Quel est le premier album de musique que tu as acheté ?

JCD : Le premier album que j’ai acheté avec mes économies était « Off The Ground » de « Paul McCartney »

RIM : Quel projet d’une autre structure te fait rêver ?

JCD : Plusieurs projets portés par des jeunes structures sont excitants, parmi ceux dont j’aime le principe, il y a « Groover », qui est une plateforme de promotion pour les artistes et attachés de presse.

RIM : Peux-tu nous citer ton souvenir le plus marquant dans le milieu musical ?

JCD : Mon premier concert de rock, j’y suis allé avec mon grand frère sans les parents, c’était Jeff Buckley, c’est un peu étonnant car sa notoriété à explosé après sa mort, j’avais écouté son album à sa sortie… J’avais 14 ans et c’était un concert assez marquant, ça a été assez fondateur, 80 % des choses que j’écoute sont liées à mon adolescence.

RIM : Ton dernier coup de cœur musical ?

JCD : « Queen of the Meadow » dont l’album est sorti fin octobre, un très beau disque, belle découverte sur les derniers mois. Sur l’année je dirais « Laish », un vrai coup de cœur. Sinon mon coup de foudre de ces deux dernières années, c’est un groupe du label, ce qui est plutôt rassurant ! C’est un groupe Français : « Nesles » et son album « Permafrost ». C’est mon album fétiche de 2017, un album coup de foudre de ces 24 derniers mois.

RIM : Un son à nous faire écouter ?

JCD : Vous pouvez piocher dans toute cette sélection, mais je dirais « Empty Room » de « Queen of the Meadow ».

 

 

 

Interview réalisée le 29/11/18.