[FOCUS] « La Mue » de Banzaï Lab

En 2016, 4 appels à projets ont été lancés dans le cadre du Fonds Créatif Nouvelle-Aquitaine : « développement artistique », « coopérations professionnelles », « soutien aux labels indépendants structurants » et « développement numérique et nouveaux usages « .

Que sont devenus les projets lauréats? Où en sont-ils de leur déploiement?

Nous sommes allés à la rencontre du label Banzaï Lab, lauréat de l’appel à projets « développement artistique » et porteur du projet La Mue. Point d’étape.

Rappel du projet en trois lignes :

LA MUE “Laboratoire d’Accompagnement des Musiques Urbaines Émergentes”, a pour objectif de favoriser l’émergence de nouveaux talents en Nouvelle-Aquitaine. C’est un dispositif de détection et d’accompagnement qui s’est construit dans une dynamique de coopération territoriale avec des acteurs professionnels autour d’une stratégie favorisant le développement artistique.

RIM : Quel a été l’élément déclencheur du projet?

Banzaï Lab : L’association ASIL a pour objet « la promotion et la diffusion de projets artistiques interdisciplinaires, de musiciens et de groupes musicaux ». Dès 2010, nous avons tenté de formaliser la fonction de développeur en Musiques Actuelles par le biais d’une typologie des accompagnements opérationnels.

Suite à de nombreuses rencontres professionnelles, nous avions pris conscience de l’aspect novateur de notre positionnement. En France, il existait extrêmement peu de structures associatives de développement artistique et socioprofessionnel appréhendées, comme nous le faisons, de manière globale et simultanée. Banzaï Lab est donc un projet pilote. Notre fonctionnement expérimental sera progressivement modélisable.

RIM : En quoi l’aide accordée a-t-elle permis à votre projet de se réaliser?

Banzaï Lab : En 2016, nous avons été lauréats de l’appel à projet Développeurs d’Artistes lancé dans le cadre du Fonds Créatif Nouvelle-Aquitaine. Nous avons reçu une subvention de 10 000€. Cette première reconnaissance manifeste d’une institution publique est venue souligner le travail de développement artistique mis en œuvre depuis 2008 par l’ASIL autour du projet Banzai Lab. En 2017, la Région Nouvelle-Aquitaine a renouvelé son soutien à notre projet de structure dans le cadre du dispositif d’aide au label structurant.

Un des axes de notre projet était d’organiser un tremplin de musiques urbaines à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine et en coopération avec des acteurs de la filière sur l’ensemble du territoire. C’est pourquoi nous avons attribué 5000€ de la subvention perçue en 2016 pour lancer ce nouveau projet.

Nous avons alors organisé le tremplin LA MUE, l’objectif de ce projet est de favoriser l’émergence de nouveaux talents dans la région. À l’issue du tremplin et des différentes phases de sélection, 3 lauréats bénéficieront d’un accompagnement spécifique selon les dotations du “Prix Banzai Lab”, du “Prix des Pros” et du “Prix du public”.

Ainsi, les 5 artistes finalistes ont participé à la finale du tremplin le mardi 10 avril 2018 à la Rockschool Barbey. Tous ont présenté des performances live de grande qualité. Le prix Banzaï Lab a été attribué à l’artiste « Obsimo », le prix des Pros a été attribué au groupe « Génial au Japon », le prix du public a été attribué dans un deuxième temps au groupe « Met-H-Ode ».

Crédits photo : Astrid Lagougine

En quoi ce projet permet-il de répondre à des besoins (de la structure, du territoire, ou du secteur)?

Le constat partagé par plusieurs acteurs fait écho au fait qu’avant le projet LA MUE, il n’existait pas de dispositif de détection et d’accompagnement de cette envergure en Nouvelle-Aquitaine. Seulement des dispositifs à l’échelle nationale ou des anciennes régions.

La nouvelle configuration territoriale de la Nouvelle-Aquitaine ouvre un vaste chantier de collaboration professionnelle dans le champ des musiques actuelles avec la création du RIM. Le projet LA MUE permet de créer du lien entre les acteurs (Artistes, SMAC, Label, Médias, Fédération) dans ce nouvel environnement géographique.

Il existe un vivier important de projets artistiques en Nouvelle-Aquitaine et nombreux, ne sont pas accompagnés par des SMAC. La première édition de LA MUE a révélé que 80% des 147 projets artistiques ayant postulés pour être accompagnés par le dispositif n’étaient pas suivis par des SMAC.

Ce dispositif fédérateur suscite de la part des différents acteurs des musiques actuelles un fort intérêt : 147 groupes de musique et 20 partenaires impliqués. C’est pourquoi notre ambition est de pérenniser le projet LA MUE sur le long terme à la fois sous l’angle du dispositif d’accompagnement et sur la préfiguration d’un développement d’échelle des partenaires réunis autour du projet.

Crédits photo : Astrid Lagougine

Typologie et rôle de chacun des partenaires dans le projet :

Structure de diffusion et d’accompagnement : • Fédération Hiero : Limoges, 87 – ass 1901 – Membre du Jury LA MUE
• L’Ampli : Pau, 64 ass 1901 – Membre du Jury LA MUE – SMAC
• Le Sans Réserve : Périgueux, 24 ass 1901 – Membre du Jury LA MUE – SMAC
• Rockschool Barbey – PAD : Bordeaux, 33ass 1901 – Membre du Jury LA MUE – SMAC
• Rocher de Palmer Musiques de nuit : Cenon, 33 ass 1901 – Membre du Jury LA MUE – SMAC
• KRAKATOA – TRANSROCK : Mérignac, 33 ass 1901 – Membre du Jury LA MUE – SMAC
• Rock et Chansons – AREMA : Talence, 33 ass 1901 – Membre du Jury LA MUE – SMAC
• En Vie Urbaine : Niort 79 – ass 1901
• SMAC d’agglo : Bègles 33

Média :
• Beaub FM : Limoges, 87 – ass 1901 – Membre du Jury LA MUE
• O2 Radio : Bordeaux, 33 – ass 1901
• La grande Radio : Bordeaux, 33 – ass 1901
• Muzzart : Bordeaux, 33 – ass 1901
• Radio Campus Bordeaux : Bordeaux, 33 – ass 1901
• Aquitaine Online : Saint Medart en Jalles, 33 – SARL

Studio d’enregistrement :
• Milk Music : Bordeaux, 33 – Association déclarée

Crédits photo : Astrid Lagougine

Crédits photo : Astrid Lagougine


Un projet soutenu par le Contrat de filière musiques actuelles et variétés en Nouvelle-Aquitaine : État, CNV (Centre National de la chanson, des Variétés et du jazz) et Région Nouvelle-Aquitaine.

Avec le soutien du RIM (Réseau des Indépendants de la Musique en Nouvelle-Aquitaine).

[CO-CONSTRUCTION] Les réseaux régionaux musiques actuelles à l’Assemblée nationale !

Réunis à l’Assemblée nationale le lundi 16 avril dernier, les fédérations nationales et réseaux régionaux de la musique ont appelé de leurs vœux une concertation large sur les politiques publiques en faveur de la musique. Les 120 participants, représentant la pluralité des musiques d’aujourd’hui ont partagé leurs analyses respectives des enjeux auxquels sont confrontés les différents maillons de la filière musicale, convergeant en premier lieu sur la nécessaire défense des initiatives. Lors de ce temps, Jocelyn Borde, président de la Fraca-Ma a pris la parole au nom de la Coopération des Pôles et Réseaux régionaux de musiques actuelles. Vous trouverez ici son texte d’intervention

« Les Pôles et Réseaux pour lesquels je m’exprime aujourd’hui fédèrent les acteurs des musiques actuelles au niveau régional.

Ils créent des espaces pérennes de dialogue et favorisent ainsi la prise en compte de l’ensemble de l’écosystème musical et rendent possibles des coopérations sur de nombreux enjeux artistiques, culturels, économiques et sociétaux.

C’est fortes de la diversité qu’elles représentent que ces organisations souhaitent mettre en partage leurs diagnostics et préconisations en matière de politiques publiques liées au domaine musical.

Depuis le rôle essentiel joué par la France dans l’adoption de la déclaration universelle sur la diversité culturelle, l’objectif des Droits culturels des personnes s’impose peu à peu dans la politique culturelle française.

La loi NOTRe en a défini les contours et l’éthique et la loi LCAP, insistant sur la nécessaire articulation entre l’État, les collectivités et les acteurs pour la mise en œuvre d’une politique « construite en concertation avec les acteurs de la création artistique« .

Il convient ainsi de rappeler avec force les recommandations de l’ONU qui énonce clairement que le respect des Droits culturels est indissociable du « droit de prendre part au développement de la communauté à laquelle une personne appartient, ainsi qu’à la définition, à l’élaboration et à la mise en œuvre de politiques et de décisions qui influent sur l’exercice des droits culturels […] ».

Ce document impose par ailleurs aux États « l’adoption d’une législation appropriée et la création de mécanismes efficaces qui permettent aux personnes, individuellement, en association avec d’autres […] de prendre part effectivement à la prise de décisions […] »

Les pôles et réseaux régionaux souhaitent ainsi affirmer, au regard de la loi et de l’enjeu universel des Droits culturels, leur volonté d’assumer une responsabilité partagée avec les partenaires publics et les acteurs culturels, tel que cela est défini par l’ONU : « Les communautés et les associations culturelles jouent un rôle fondamental dans la promotion du droit de chacun de participer à la vie culturelle aux niveaux local et national, en coopérant notamment avec les États parties à l’exécution des obligations qui leur incombent […] »

Le respect des droits culturels et de la diversité artistique et culturelle est une question fondamentale pour les politiques culturelles.

Les structures que nous représentons contribuent à la diversité culturelle par la multiplicité de leurs identités, formes, publics, créations, activités et disciplines artistiques. Différentes et complémentaires, elles participent à l’évolution de la société et à l’enrichissement sensible et intellectuel des individus qui la composent.

La prise en compte de cette diversité des initiatives est indispensable pour permettre la diversité culturelle et artistique. C’est particulièrement vrai pour le secteur musical, composé aujourd’hui d’une myriade de petites et très petites entreprises (majoritairement associatives), mais également par des entreprises d’envergure nationale, voire internationale, ainsi que par des structures publiques. Les musiques actuelles ne peuvent véritablement se développer sans un maintien, et même un renforcement, de cette diversité et la recherche d’un meilleur équilibre au sein de cet écosystème.

Or, force est de constater que la concentration économique à l’œuvre aujourd’hui est une véritable menace pour la diversité des structures que nous représentons. Dans ce cadre, les politiques publiques, à travers leurs cadres d’intervention au niveau national et territorial, doivent contribuer à garantir le développement équilibré de la filière.

Les musiques actuelles sont bien plus qu’un mouvement artistique. Elles portent en elles une dimension culturelle et sociétale qui ne doit plus leur être nié.

Les réseaux territoriaux défendent et mettent en œuvre le dépassement des segmentations historiques du secteur musiques actuelles, mais aussi celles des politiques publiques. En assumant de prendre en considération un écosystème de plus en plus complexe, bien au-delà des seuls acteurs culturels, les réseaux permettent d’agir, au plus près des acteurs concernés, sur les principales politiques transversales au cœur des enjeux de société :

  • créativité, citoyenneté, liberté, responsabilité
  • participation,production, diffusion et internationalisation
  • développement des territoires, proximité et mobilité
  • développement de l’emploi et des compétences
  • formation et insertion
  • développement économique et numérique
  • transition énergétique, développement durable et responsabilité sociétale
  • recherche et innovation
  • gouvernance

Cette approche systémique des musiques actuelles doit trouver une traduction dans le projet de Centre National de la Musique, tant dans ses missions (concerter, construire, innover, redistribuer, réguler) que dans son processus de création.

C’est pour répondre à cet enjeu que les Pôles et Réseaux territoriaux demandent, aux côtés et en complémentarité des fédérations nationales de notre secteur, une participation pleine et entière à la mise en œuvre d’une co-construction de ces nouveaux modèles de politiques en faveur des musiques actuelles.

A l’heure des lois NOTRe et LCAP, à l’heure également de la gestion par les Régions des programmes opérationnels européens ou des Schémas Régionaux de développement économique, d’innovation et d’internationalisation, la réflexion et la mise en œuvre des politiques publiques de la culture ne peut se faire sans un dialogue étroit et permanent avec les territoires.

C’est un des objectifs de l’interpellation des organisations à l’initiative de cette journée de Concertation. L’État doit être garant, directement ou par le biais de son établissement national, d’une conception et d’un déploiement équitable et concerté de la politique culturelle sur les territoires.

Dans ce cadre, il apparaît nécessaire de renforcer les dynamiques de co-construction engagées localement.

Et ce, afin de favoriser un développement culturel en répondant aux enjeux de tous les territoires, dans leur articulation avec une vision nationale renouvelée.

À ce titre, la mise en œuvre de Contrats de filière « musiques actuelles et variétés » ambitieux, surtout s’ils sont signés aux cotés des Régions, de l’État et du CNV, est perçue par les acteurs comme une opportunité de repenser les politiques publiques en faveur des musiques actuelles.

Les enjeux sont majeurs :

  • accompagner les acteurs de la filière dans les mutations qu’ils rencontrent afin de sécuriser leur développement et d’encourager l’innovation,
  • adapter les acteurs aux enjeux numériques, environnementaux, sociaux, sociétaux et économiques,
  • expérimenter une politique publique conjointe en faveur des musiques actuelles, impulsant ainsi une articulation progressive des politiques publiques de droit commun,
  • élaborer, et c’est bien la question que nous abordons aujourd’hui, une mécanique de concertation pérenne avec la filière et la diversité de ses partenaires publics et privés.

Si les pôles et réseaux se sont constitués progressivement dans des contextes différents, leurs similitudes sont de plus en plus fortes.

La réorganisation récente des régions a favorisé depuis plus de trois ans des dynamiques de regroupement et une forte ouverture des réseaux à l’ensemble de l’écosystème musical.

Preuve de la volonté des acteurs musicaux de se rassembler dans leur diversité pour travailler ensemble et contribuer collectivement à faire progresser les pratiques, en complémentarité et parfois même à l’initiative de structurations ou d’innovations nationales.

Les 14 Pôles et Réseaux régionaux représentent à ce jour plus de 1200 structures du secteur des musiques actuelles : managers, salles de concerts, tourneurs, structures de formation ou d’accompagnement, festivals, labels indépendants, cafés-culture, studios d’enregistrement et de répétition, collectifs d’artistes, écoles de musique, médias indépendants, etc.

Ceci tout en dépassant, depuis longtemps déjà, les segmentations esthétiques et juridiques des musiques actuelles. Au sein des réseaux se croisent tous les métiers, toutes les musiques, tous les modèles économiques et toutes les dynamiques culturelles.

Ils représentent ainsi plus de 4000 salarié.e.s permanent.e.s.

C’est une diversité et une force inédites qui font des Pôles et Réseaux des espaces permanents de concertation pour l’ensemble des parties prenantes des musiques actuelles.

Ils portent des missions d’intérêt général qui, en complémentarité du processus de concertation, permettent d’accompagner durablement le développement et la structuration de l’écosystème musical.

Ils rappellent l’importance d’agir en proximité. Une proximité loin de tout repli sur soi, tournée vers les grand enjeux et interlocuteurs nationaux et européens.

Un grand nombre d’innovations du secteur sont d’ailleurs directement issues des territoires. Pour ne citer que quelques exemples :

  • l’expérimentation du dispositif d’aide à l’emploi artistique dans les Cafés-Cultures en Pays-de-la-Loire avant son déploiement national
  • la création d’un Contrat de Filière régional musiques actuelles et variétés en Nouvelle Aquitaine
  • la création d’un fonds de trésorerie mutualisée dans le Grand-Est
  • le déploiement de Métiers Culture, plateforme emploi-formation-compétences en région Centre-Val de Loire
  • la co-fondation en Ile de France, avec la Fedelima et le SMA, d’une solution nationale de billetterie solidaire portée par la Coopérative Socoop

Plus globalement, l’émergence artistique, les droits culturels, le développement territorial, l’emploi, la formation et l’insertion, l’accompagnement de l’entrepreneuriat, le développement économique, la prise en compte des structures de production et de développement artistique, les méthodes d’observation et les démarches responsables sont autant de thèmes sur lesquels les pôles et réseaux régionaux ont su faire la démonstration de la maturité collective des acteurs de musiques actuelles.

Les acteurs de musiques actuelles, inscrits dans une démarche éthique liée à la diversité artistique et culturelle, sont un atout pour l’ensemble des échelons territoriaux.

Leurs mises en réseaux multiples témoignent d’un engagement responsable exemplaire en faveur d’un développement concerté, solidaire et coopératif de leur secteur.

Aux côtés des organisations fédératives ou syndicales nationales, les réseaux régionaux disposent d’une vraie légitimité et apparaissent comme des interlocuteurs pertinents et précieux dans la dynamique de co-construction des politiques publiques :

  • diversité professionnelle de leurs adhérents et partenaires,
  • diversité des territoires et respect de la complexité en leur sein même,
  • capacité à agir sur le fonctionnement même de l’écosystème (coopérations, accompagnements, etc.),
  • porosité de leurs actions vers d’autres formes culturelles, sociales et économiques,
  • mise en place d’actions et de dynamiques privilégiant les circuits courts,
  • capacité de pondération des phénomènes de concentrations (industrielles et territoriales) en cours au sein de la filière

Œuvrant pour l’intérêt général, disposant d’une expertise sur les spécificités et enjeux territoriaux, les réseaux ont atteint un niveau de maturité tel qu’ils sont une partie prenante légitime et un interlocuteur incontournable de la co-construction de politiques publiques ambitieuses et renouvelées en faveur des musiques actuelles.

Aussi, aujourd’hui, ils souhaitent :

  • réaffirmer leur complémentarité, leur articulation et leur coopération avec les organisations nationales présentes ici
  • être reconnus pour leurs missions d’intérêt général, encore ignorées par de trop nombreux partenaires publics et par les réflexions sur le futur établissement national de la musique,
  • être reconnus et soutenus comme des interlocuteurs majeurs et centraux, tant pour la structuration et le développement des musiques actuelles que pour l’élaboration des politiques publiques nationales et territoriales,
  • défendre la nécessité d’un nouveau modèle de développement global capable de dépasser la segmentation de la filière pour s’emparer autant des enjeux transversaux de l’écosystème (numérique, emploi, économie, développement durable…) que de la notion de développement territorial.

Ce dernier point est tout sauf anodin. Il sous-tend un effort partagé de réalignement, depuis les territoires jusqu’à l’organisation du Ministère de la Culture, en passant par les Contrats de Filière, l’évolution de l’organisation interne du secteur et de son futur établissement national. Il ne peut plus être question uniquement de métiers ou d’esthétiques. Il doit être maintenant question des enjeux transversaux, fondamentaux, que nous partageons tous.

Au final, il s’agit bien de coopération. Il s’agit bien, pour nous tous ici – citoyens, acteurs musicaux, réseaux territoriaux, fédérations nationales, syndicats, collectivités, établissement public national, État – de dépasser les contradictions afin d’assumer collectivement ce que préconisent les principales normes internationales de développement durable, ce que portent les grands textes internationaux et ce que nous dit l’état de droit : nous sommes les parties prenantes d’un fait de société. Nous devons en assumer collectivement la responsabilité. »

[ACCOMPAGNEMENT] En savoir + sur la responsabilité sociétale

RSO ? RSE ? Développement durable ?

Certaines structures s’intéressent à ces questions sans pour autant bien cerner ce que veulent dire ces termes et ce que représente la mise en place d’une démarche de responsabilité sociétale pour une organisation de musiques actuelles.

Le RIM propose une première rencontre le mercredi 2 mai de 10h à 16h à Bordeaux, pour éclaircir toutes ces questions. Lors de cette journée, nous vous proposons de :

  • présenter les différents axes concernés par la responsabilité sociétale,
  • écouter le témoignage du Florida qui a suivi un accompagnement à cette démarche pendant 2 ans,
  • identifier vos besoins en matière d’accompagnement,
  • vous présenter CONFER (organisme de formation richesses humaines émanant de AGEC&CO).

Pour vous inscrire, contacter Malika (malika.vignon@le-rim.org).

Pour des raisons de calendrier, cette journée a été organisé dans des délais assez court. Si toutefois vous êtes intéressé-e-s mais ne pouvez pas vous rendre disponible, pas de panique, d’autres modules comme celui-ci seront prévus. N’hésitez pas à le faire savoir à Malika ou à en discuter avec votre délégué-e territorial-e.

[INTW] Laborie Jazz, lauréat des appels à projets 2017

En 2017, trois appels à projets ont été lancés dans le cadre du Contrat de Filière Musiques Actuelles et Variétés en Nouvelle-Aquitaine : « développement des coopérations professionnelles », « soutien aux labels structurants », « développement numérique et nouveaux usages ».

Quelques mois après leur sélection, nous nous sommes interrogés : que sont devenus les projets lauréats? Où en sont-ils de leur déploiement?

Nous sommes allés à la rencontre de Jean-Michel Leygonie, directeur du label Laborie Jazz, dans leurs locaux de Limoges.

L’occasion de revenir sur la genèse du label, et de faire un point sur les deux projets lauréats des appels à projets « développement numérique et nouveaux usages » et « soutien aux labels structurants ».

 

 

 

RIM : Bonjour Jean-Michel. Avant toute chose, pouvons-nous revenir sur l’histoire du label Laborie Jazz ?

Le label Laborie a été officiellement créé en avril 2006. Il existait, auparavant, en région Limousin, une fondation qui s’appelait « La Fondation Laborie en Limousin ». Dans cette fondation, une activité musicale reposant sur la musique baroque existait depuis de nombreuses années, avec l’ensemble baroque de Limoges, qui faisait partie du schéma directeur du Ministère de la Culture sur les ensembles classiques et baroques nationaux. À la suite des années Lang, il y a eu un système d’aides mis en place pour ces grands ensembles et la Région Limousin a été aidée et soutenue par le Ministère pour la création d’un ensemble baroque en Limousin, qui a alors été fléché financièrement.

Un lieu avait fait l’objet d’une acquisition en 1996, Laborie en Limousin, à 10km de Limoges. Assez rapidement, la structure associative qui portait cet ensemble a souhaité s’ouvrir à d’autres répertoires musicaux. J’étais personnellement identifié dans la région sur le jazz, ayant dirigé le festival Jazz en Limousin de 1989 à 1996. La présidence et la direction de ce lieu ont fait appel à moi pour le volet jazz, chose que j’ai acceptée en 2002. Nous avons simplement copié à l’époque ce qui se faisait dans le champ baroque.

En 2006, nous avons décidé de créer un label discographique à deux départements : Laborie Classique et Laborie Jazz. Laborie Classique était dirigé artistiquement par le chef d’orchestre de l’ensemble baroque de Limoges, Christophe Coin. Pour la partie Jazz, j’ai porté un projet qui reposait uniquement sur la signature de jeunes compositeurs français ou internationaux. On excluait déjà du projet tout ce qui relevait du domaine de l’interprétation. Naïve, notre distributeur, n’avait à l’époque que ses propres productions jazz, et a rapidement cherché à miser sur un label français qui rentrait sur le marché.

Entre 2006 et 2015, le label s’est clairement identifié au niveau européen et même international, par l’obtention de récompenses et de prix, notamment aux Victoires de la Musique, aux Django D’Or, plusieurs récompenses à l’académie Charles Cros. On a très rapidement obtenu un focus sur des artistes comme Yaron Herman, Emilien Parisien et Anne Paceo. Ils avaient à l’époque entre 20 et 25 ans, ils en ont aujourd’hui 10 de plus. Ils sont porteurs de tout un tas de jeunes artistes qui s’engouffrent dans leur mode de carrière. On a franchi différentes étapes avec eux, et lorsque le label s’est arrêté, ces artistes ont continué à me faire confiance et ont attendu quelques mois le temps qu’on remette une structuration en place autour du projet.

Je suis désormais président et directeur du label à 100%, devenu, depuis, une SAS.

Laborie Jazz sortira le mois prochain son 50e album. Jusqu’au mois d’avril, nous ne ferons que des productions, pour ensuite commencer à faire des licences. Le label a porté intégralement les coûts de production des 50 albums, même à l’époque de la fondation Laborie. J’ai pu développer l’activité par les sociétés civiles du secteur (ADAMI, SPEDIDAM, FCM, MFA…) et par les ventes d’album. Je bénéficiais de certains avantages, notamment celui de disposer d’un lieu pour l’organisation des concerts, mais l’activité du label n’a bénéficié à l’époque d’aucun financement du Ministère ou de la Région.

Depuis 2016 et la fusion des régions, nous nous sommes rendus compte que des dispositifs existaient sur le territoire, notamment ceux liés aux labels phonographiques. J’ai pu rencontrer Frédéric Vilcocq (Conseiller Culture et Économie Créative à la Région Nouvelle-Aquitaine) concernant ces dispositifs et les programmes ont pu s’enchaîner. D’abord l’aide à l’édition phonographique, puis, par le biais de l’adhésion au RIM (Réseau des Indépendants de la Musique), les deux appels à projets qui font l’objet de cette discussion.

2017 fut une période de sortie d’actionnariat, même si 4 albums ont vu le jour. Cette année on est sur un grosse dizaine de sorties et, concrètement, on n’a pas le choix si on veut survivre aux 3 années qui viennent : le temps que le streaming se structure pour financer les artistes et les professionnels du secteur, et éviter que les majors ne cannibalisent le secteur.

Peux-tu nous expliquer ta démarche et les actions en cours concernant l’appel à projets « Numérique et nouveaux usages » ?

Avant tout, il faut savoir que nous sommes aujourd’hui distribués dans 16 pays.

Il y a 4 ou 5 ans, j’ai souhaité réfléchir à l’élaboration d’un partenariat en Chine. J’ai sollicité une collaboratrice chinoise qui vit actuellement au Canada, et qui a deux sociétés : une liée au jazz et à la production, et l’autre à l’événementiel politique en Chine pour le Canada. Elle est depuis un certain nombre d’années très intéressée par notre activité et la qualité de nos productions et de nos artistes.

L’an dernier, nous avons été le premier label indépendant français à signer un accord de distribution physique et numérique avec la Chine, avec une société qui s’appelle Starsing Music, l’un des premiers opérateurs chinois de distribution musicale.

Aujourd’hui, notre outil de communication principal est notre site internet. On y trouve toutes les informations concernant nos artistes, le label, les supports médias, l’accès à l’achat des disques, les téléchargements, etc. C’est un site qu’on a sorti au début de l’année 2016 et qu’on a soigné.

Très rapidement, il y avait une incohérence entre la présence du label à l’export et le fait que ce site ne soit qu’en français. Le volume d’informations du site rendait complexe le fait de le traduire intégralement. On avait commencé un travail avec un stagiaire trilingue, mais on a mis ça de côté en gardant à l’esprit que ça restait un de nos gros chantiers.

Dans le même temps, notre intégration au marché chinois a avancé. J’ai pu aller en Chine en 2016 pour voir comment ça se passait sur place. Ça n’était pas ma première fois sur le territoire chinois, mais j’ai été vraiment surpris par l’avance qu’ils ont sur la France concernant les moyens d’écoute, le lien entre musique et smartphone, leur approche du streaming… Pour moi nous sommes encore bien loin derrière eux.

On pourrait se demander pourquoi si peu de labels occidentaux ont signé un contrat de distribution avec la Chine, mais la raison est assez simple : parce-que les catalogues trop conséquents sont négociés sur des centaines de milliers d’euros. Laborie a 50 albums au catalogue, 7 actuellement distribués physiquement. On ne représente donc pas grand chose, mais ça nous permet de grandement faciliter les négociations.

Il me semble essentiel aujourd’hui que notre espace français puisse être accessible au public chinois, et donc, entièrement traduit.

Dès la remise de l’appel à projets à l’automne, on s’est mis sur la traduction du site en anglais. Il est donc entièrement bilingue depuis début février. Toutes les actualités sont traduites, et dès début avril, l’intégralité du site sera également accessible en chinois.

Pour les années à venir, l’objectif est aussi de mettre nos supports en traduction chinoise. Aujourd’hui, on jouit de la distribution numérique et bientôt physique de tous nos supports, et comme le veut le principe de la manufacture chinoise, les supports sont directement fabriqués là-bas.

Dans cette logique d’échange, un artiste du label partira en tournée en Chine tous les 6 mois. Actuellement, on prépare celle de Paul Lay, qui se produira sur plusieurs semaines au mois de mai. Très rapidement, quand nous avons évoqué l’évolution et l’explosion du marché chinois, nous avons saisi la chance de gagner énormément de temps, notamment dans le dialogue et les négociations. On a mené un gros chantier sur la mise en place des dates et les conditions, notamment financières, qui sont souvent un peu faibles là-bas. On tente donc d’amener l’éthique du marché musical français. Sans le binôme avec un acteur local, on aurait eu énormément de mal à obtenir nos conditions. Au-delà de la distribution, c’est donc une aubaine de pouvoir profiter d’une présence sur le territoire pour représenter le label.

Par ailleurs, nous avons aussi pour ambition de repérer dès que possible un ou une jeune artiste sur le territoire chinois pour le/la signer sur le label. Forcément, ça sortira avant tout en Chine, mais l’objectif est avant tout de conserver l’identité du label, fondée sur la découverte.

Peux-tu nous expliquer ta démarche et les actions en cours concernant l’appel à projets « labels structurants » ?

J’ai toujours eu en tête de pouvoir soutenir les jeunes compositeurs de ma région. La particularité du Limousin est qu’il est pauvre en jeunes compositeurs Jazz et musiques improvisées. Ça s’explique par le fait que le conservatoire régional ne comporte pas de département jazz. Tout va avec depuis 15 ans malheureusement. Les régions qui ne sont pas rentrées dans le virage des départements jazz au conservatoire sont dans un état de désert complet.

Laborie a pu signer deux artistes compositeurs locaux. L’un s’appelle Vincent Mondy, un clarinettiste limougeaud et un autre qui est un accordéoniste de Brive. Deux albums dont nous sommes très fiers sont parus sur le label. Ça démontre tout de même le peu de signatures que nous avons pu concrétiser en 10 ans. L’ouverture sur la Nouvelle-Aquitaine fait que je m’ouvre aussi à un territoire beaucoup plus vaste et dans lequel il y a plein d’acteurs. Le fait que Laborie puisse être aujourd’hui en résonance avec sa région nous offre l’opportunité de repérer et concrétiser des projets avec des artistes locaux.

On vient également de signer une jeune saxophoniste de Limoges qui s’appelle Silvia Ribeiro Ferreira, et dont le disque sort au mois de septembre, et un jeune guitariste que l’on a enregistré en décembre, qui est originaire d’Oloron… On redémarre une action très active vis-à-vis de ces musiciens régionaux, et ils sont persuadés, tout comme nous, que le label peut être un vrai tremplin dans leur jeune carrière.

On commence à organiser des concerts pour ces artistes-là. Comme les agences de booking sont surchargées et qu’on ne peut pas se permettre de risquer un quelconque accord avec l’une d’entre elles, on a monté un département « spectacle vivant » en 2018.

L’ouverture sur la Nouvelle-Aquitaine a-t-elle permis de favoriser des rapprochements avec des structures culturelles ?

Oui c’est le cas. Nous avons monté un partenariat avec Action Jazz qui nous paraissait naturel compte-tenu de leur activité et de leur implication sur le territoire.

Aussi naturellement s’est illustrée une collaboration avec le Rocher de Palmer. J’avais côtoyé Patrick Duval au moment de Musiques de Nuit en 1996. Même s’il me connaissait depuis un moment, nous aurions eu du mal à trouver une entente sur le long terme. Aujourd’hui, on n’a pas poussé la chose jusqu’à envisager un partenariat systématique, mais Palmer recevra nos artistes très régulièrement. Ça fait 3 fois que l’opération a lieu, et même si le système demande à être peaufiné, nous en sommes très heureux.

Nous collaborons aussi avec l’OARA. J’avais rencontré Joël Brouch il y a 3 ou 4 ans, dans un contexte lié au centre culturel de Brive. Dans la foulée, il nous a accueilli pour discuter de nos projets. Aujourd’hui ça débouche sur deux semaines de résidence au mois de mars. Deux artistes y seront présentes, Silvia Ribeiro Ferreira et Anne Paceo.

À l’inverse de beaucoup de limousins qui se demandent aujourd’hui à quelle sauce ils vont être mangés, l’ouverture sur la Nouvelle-Aquitaine a été une vraie bouffée d’oxygène pour nous. Jusqu’à la période de la fusion des régions, je me suis interdit de prendre du temps pour regarder plus loin que l’activité stricte du label. Mais quand on partage un territoire, et des axes de travail communs avec des partenaires, la région en étant un important, il m’est apparu évident et naturel le fait de tisser du lien professionnel fort.

La Nouvelle-Aquitaine a facilité notre dialogue avec les instances publiques et nous a déjà ouvert de nombreuses portes, et continuera de nous en ouvrir j’en suis sûr.

[ITW CROISÉE] Le Confort Moderne : 8500 m² // 4 équipes // 1000 projets

Ré-ouvert fin 2017 après deux ans de travaux, le Confort Moderne (Poitiers) accueillera en mai prochain, dans ses 8500m² entièrement réhabilités, l’assemblée Générale du RIM – Réseau des Indépendants de la Musique.

L’occasion pour le réseau des acteurs musiques actuelles en Nouvelle-Aquitaine de revenir sur Retour sur l’histoire de ce lieu mythique, friche artistique pionnière, qui rassemble aujourd’hui sous un même toit quatre structures en coopération : l’Oreille est Hardie et Jazz à Poitiers (toutes deux adhérentes du RIM), le disquaire indépendant Transat et la Fanzinothèque. Art, musique, fanzine, éducation et recherche investissent une salle de concert, un club, un bar, des locaux de répétitions, un restaurant, des espaces de résidence, une fanzinothèque et une boutique de disques.

Ces équipes passionnées font naître ensemble des projets en commun. Interview croisée.

De droite à gauche : Yann Chevallier / Directeur de L’Oreille est Hardie
Mathilde Coupeau / Directrice de Jazz à Poitiers
Lionel Bouet / Gérant de Transat
Virginie Lyobard / Directrice de la Fanzinothèque

RIM : Pouvez vous nous présenter vos structures, réunies toutes les 4 au Confort Moderne?

Mathilde : Jazz à Poitiers a 21 ans. C’est une SMAC (Scène de Musiques Actuelles) spécialisée dans le jazz & les musiques improvisées avec un gros volet de diffusion (environ 40 dates par saison et le festival Bruisme juste avant l’été), un volet accompagnement (accueil en résidences essentiellement) et des actions de médiation qui commencent à se développer. On est une petite équipe de quatre salariés.

Virginie  : La Fanzinothèque existe depuis 1989 et a pour vocation de conserver et valoriser des livres micro-édités : 55000 ouvrages à ce jour. C’est vraiment le cœur du projet, et on organise également des événements à travers des expositions ou des interventions type atelier de micro-édition collective. Enfin on produit également des fanzines ou d’autres types de supports via un atelier de sérigraphie, une imprimante Riso ou de l’impression numérique.

Lionel : Transat, disquaire indépendant, est implanté au Confort Moderne depuis 17 ans.

Yann : L’association l’Oreille est Hardie a été crée en 1977 et elle est active sur cette friche artistique depuis 1985. Elle compte 16 salariés avec le développement d’une double activité musiques actuelles et art contemporain.

Espace d’exposition ©Pierre Antoine – Exposition Tainted Love (16 décembre – 04 mars 2018)

RIM : Quels sont les liens historiques qui vous amènent aujourd’hui à vivre à quatre structures dans le même lieu ?

Mathilde : Le premier lien de connexion entre Jazz à Poitiers et l’équipe de l’Oreille est Hardie c’est avant tout des accointances d’ordre artistique. Les deux projets artistiques défendus par chacune des associations sont extrêmement complémentaires avec des passerelles très évidentes. Progressivement, les équipes ont donc été amenées à travailler régulièrement ensemble, notamment sous forme de coproductions. L’idée de cohabiter et partager un même équipement a germé depuis maintenant pas mal d’années, mais assez rapidement les limites du Confort Moderne dans son ancienne configuration ont fait que ça n’a pas pu aboutir. Ces réflexions ont repris quand le projet de réhabilitation du Confort a émergé puis est devenu vraiment concret. C’est donc un rapprochement qui a été très naturel et de longue date. Ce sont de vraies histoires de personnes également.

Lionel : Très naturel, c’est aussi le terme que je vais employer. La boutique de disques existe depuis 1987 au sein du Confort Moderne. Cela a d’ailleurs créé une émulation un peu partout et a servi de fanal à pas mal de SMACs des environs pour avoir elles aussi un disquaire. Moi je n’ai fait que reprendre cette idée et le lieu !

Yann : Il y a effectivement des rapprochements naturels de projets. Ensuite il y a une histoire liée au site : un lieu qui, naturellement, est amené à être activé par plusieurs personnes et structures, un peu comme un dispositif avec différentes portes d’entrée. Finalement il y a eu naturellement l’installation de ces portes d’entrée comme Transat ou la Fanzinothèque qui, elle aussi, a toujours mené ses activités ici. Jazz à Poitiers a, par le passé, déjà produit ici, notamment le festival Bruisme. Donc il y a historiquement un lieu qui se prête au partage d’espace et de projet.

Mathilde : On va dire qu’à la différence de Jazz à Poitiers, la Fanzinothèque et Transat sont des habitants historiques du Confort Moderne et étaient déjà présents dans les murs avant la réhabilitation tout comme l’Oreille est Hardie.

©Pierre Antoine

RIM : Comment avez vous pensé, dès la conception, et avant même les travaux, votre nouvelle vie à quatre structures dans ce lieu ?

Yann : Tout d’abord, c’est parti du projet avec l’idée de ne pas trop sectoriser l’espace en actant par exemple que tel espace sera dédié à telle pratique donc à tels acteurs donc à telle association. Le principe est plutôt de partir du territoire le plus ouvert possible, donc le site du Confort Moderne dans sa globalité, et voir ensuite comment on allait pouvoir le partager projet par projet. Partant de la possibilité la plus ouverte possible, on voit ensuite comment les usages vont eux aussi créer les manières de travailler ensemble.

Ensuite, il y a deux histoires un peu différentes, du fait que Jazz à Poitiers n’habitait pas le lieu auparavant. Pour les trois autres structures c’est vraiment naturel car on a toujours habité ici. Même si on ne travaillait pas forcément autant ensemble, la manière de partager un espace commun était plus évidente. Ce qui a vraiment changé avec la réhabilitation, c’est la volonté d’activer le lieu ensemble : c’est une force supplémentaire d’afficher que le lieu est activé conjointement par ces quatre structures plutôt que par des projets qui seraient uniquement en superposition les uns avec les autres.

RIM : Mathilde est ce que tu veux compléter avec justement cette spécificité en tant que structure précédemment « sans lieu » ?

Mathilde : On n’était pas vraiment sans lieu puisqu’on était historiquement attaché à la salle Carré Bleu, même si on n’y avait pas nos bureaux. Effectivement, ça change un petit peu nos pratiques car on est maintenant habitant « légitime » d’un lieu, là où auparavant on était sur une logique de mise à disposition, même si on s’y sentait comme chez nous ! On apprend donc en vivant ici désormais depuis quelques mois.

Pour nous (les 4 structures), ce qui est le plus important, c’est ce qu’on est en train de co-construire à l’intérieur de ça : comment on vit et travaille ensemble tout en conservant de façon très affirmée et très saine nos identités propres. Cela se traduit notamment par le choix d’avoir nos structures juridiques propres et donc une autonomie financière et administrative. De l’autre côté, ça inclut aussi le fait de se servir de l’entrée projet pour réussir, comme l’a dit Yann, à faire encore mieux ensemble et ne pas se contenter d’une simple somme d’actions. Le but est de toujours se poser la question de comment ces actions mises côte à côte, voir ensemble, peuvent permettre de voir plus loin et produire des choses cohérentes et chouettes !

RIM : Lionel, peut être qu’on peut faire un petit focus sur l’évolution de ton statut puisque tu portes désormais d’autres missions en plus de la gestion de ta boutique.

Lionel : C’est une évolution constante qui a été pensée avec l’Oreille est Hardie et la Fanzinothèque justement. Ça a commencé par une petite parenthèse enchantée, justement pendant les travaux, où on a trouvé un lieu à habiter hors-les-murs qui regroupait Transat, la Fanzinothèque et la billetterie de l’Oreille est Hardie. Aujourd’hui je suis donc à la fois disquaire mais aussi salarié de l’Oreille est Hardie en charge de l’accueil et de la billetterie. C’est de la polyactivité, mais il fallait dans le projet une sorte d’épicentre à l’emplacement de la boutique pour pouvoir ensuite naturellement baguenauder dans le lieu. Le but est que le public puisse trouver un accueil naturel, ce qui n’était pas toujours évident dans l’ancienne configuration ne serait-ce que pour pouvoir accéder à la billetterie !

Yann : Je crois qu’il y a ici une question d’identité; celle d’assumer une identité multiple. Pendant longtemps ça ne l’a pas été alors que ça existait. On sait par exemple historiquement que la Fanzinothèque et Transat sont pour les gens un marqueur important de l’identité globale du Confort Moderne en tant que lieu. Désormais c’est vraiment posé et affiché.
J’ajouterais aussi que dès les études de programmation architecturale il y a eu des dialogues avec l’ensemble des structures pour recueillir les besoins de chacune d’entre elles.

Virginie : Moi je n’étais pas là avant les travaux ! Mais l’idée pour nous c’était d’avoir un espace beaucoup plus grand, plus visible, mais aussi un espace où l’on puisse mieux valoriser nos expositions puisque même si aucun des espaces du lieu n’est spécifiquement pensé pour un type de programmation ou une association, c’était important pour la Fanzinothèque de pouvoir mettre en œuvre facilement ce type de propositions. Par rapport à ce cahier des charges initial, la réponse architecturale est super !

La Fanzinothèque

RIM : Après seulement trois petits mois d’ouverture, quelles forces tirez-vous de cette proximité renforcée ? Ressentez vous des difficultés dans ces processus de coopération ?

Yann : Je pense que c’est sans doute beaucoup trop tôt pour faire un bilan. Il y a juste quelques grandes lignes qui ressortent. On a quand même beaucoup travaillé en amont pour poser une organisation du site, un portage des responsabilités, ainsi que des processus de décision où chacun trouve une place avec une méthodologie adaptée. Ce qui a été le plus compliqué ce sont les atavismes ! Nos structures sont issues d’histoires très différentes, et donc, le plus compliqué c’est la résistance au changement.

Virginie : Tout ceci est une histoire de déplacements… Effectivement, impulser un déplacement dans des projets qui ont des existences de plusieurs dizaines d’années, ce n’est pas la même chose que d’avoir un projet tout nouveau où l’on peut s’affranchir de l’historique. Personnellement je trouve hyper important qu’il y ait ce projet augmenté entre les structures. On y arrive petit à petit mais forcément les choses ne se déplacent pas toujours de manière ultra aisée !

Yann : Les premiers effets sont très simples, il suffit de regarder le calendrier et le nombre d’événements qui se sont déroulés depuis l’ouverture, ainsi que leur diversité, qu’on prenne une entrée esthétique ou formelle. Le bonus est clairement lisible dans le programme !

©Benoît Faure

RIM : Vous avez réalisé un bel exemple d’événement commun avec « Encore ! », journée de réouverture du lieu, où l’ensemble du site était investi par des propositions artistiques très diverses. Est ce que vous avez pour les mois à venir d’autres projets collectifs et transversaux ?

Yann : J’entrevois clairement, dès 2019, un événement à l’échelle du site. Et la réflexion autour d’un événement de ce type ne peut s’envisager sans dialogue entre l’ensemble des habitants du lieu.

Virginie : Sur des événements plus petits ce sont déjà des choses vers lesquelles on tend avec les différents curateurs, peut-être même plus que la journée d’ouverture, puisque même si nous y avons effectivement proposé des choses ensemble, nous n’avons pas vraiment réfléchi au sens commun des différentes propositions artistiques présentées. Alors qu’aujourd’hui, sur des propositions qui ne sont pas forcément de l’ordre d’un festival – même si ce type d’événement fédérateur est important – on va vraiment essayer d’aller voir ce que chacun peut apporter et aboutir à une proposition qui soit vraiment pensée ensemble.

Mathilde : Il y a déjà eu des choses effectivement dans les 3 mois passés. On est sur des échelles très différentes qu’« Encore ! », mais la volonté et la démarche restent les mêmes. Ce sont des choses qui se poursuivront dès le prochain trimestre.

Lionel : La transversalité, Transat la vit au quotidien. Comme la boutique sert également d’accueil en étant ouverte tous les jours de la semaine, je suis là aussi pour créer ce premier contact avec les gens aussi bien pour les diriger vers les expositions d’art contemporain, la Fanzinothèque ou les programmations musicales que je suis en mesure de leur expliciter.

 

RIM : Vous accueillerez l’AG du RIM les 15 et 16 mai. Qu’est ce que cela représente pour vous ?

Yann : Déjà, c’est un réseau très important et novateur à l’échelle d’une région qui est désormais immense. Unique par bien des aspects avec par exemple la signature du premier Contrat de Filière Musiques Actuelles & Variétés en France. On a beaucoup participé, que ce soit l’Oreille est Hardie ou Jazz à Poitiers, au réseau pré-existant qu’était le PRMA Poitou-Charentes et on a ensuite été proactifs lors de la création du RIM. Et enfin, on a désormais un espace qui nous permet de recevoir ce type d’événement avec ce qu’on peut offrir en terme de capacité et qualité d’accueil. C’est donc un grand plaisir de recevoir le réseau, mais aussi de montrer notre lieu, puisque finalement c’est encore très récent. On est très content de présenter celui-ci afin d’avoir des regards d’autres professionnels de notre secteur !

Daniel Rodriguez, directeur de la Locomotive (Tarnos) lors de la 1ère AG du RIM ©Mathieu Prat

Assemblée Générale du Réseau des Indépendants de la Musique (RIM) Nouvelle-Aquitaine ©Mathieu Prat

RIM : Vous accueillerez également le prochain congrès du SMA les 18 & 19 septembre !

Mathilde : La démarche et l’envie exprimées par Yann pour l’accueil de l’AG du RIM sont à peu près transposables. L’envie d’accueillir, c’est ce qui nous lie ici, donc pourquoi pas accueillir aussi des professionnels. On le fait donc en s’appuyant sur les réseaux dont on fait partie et qui sont structurants pour la filière musicale.