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[PORTRAIT] Camille Dubos, chargée de production et de communication à La Sirène

Le RIM est allé à la rencontre de Camille Dubos, chargée de production et de communication à La Sirène – Association XLR, scène de musiques actuelles de La Rochelle. Camille nous a amené au coeur de son métier, venez découvrir son travail…


(c) Marie Monteiro

Bonjour Camille, pourrais-tu nous présenter La Sirène ?

Camille : La Sirène est une salle de musiques actuelles située à La Rochelle. Elle est gérée depuis le 1er avril 2011 par l’association XLR dans le cadre d’une délégation de service public. L’agglomération de La Rochelle nous avait confié la gestion de la salle pour sept ans, et cela a de nouveau été reconduit , l’année dernière, pour un nouveau mandat.

La Sirène est fondée sur trois niveaux. Tout en bas, Le Quai, avec les studios de répétition et d’enregistrement, le catering et l’accès des tour bus et des artistes. Le deuxième plateau, Le Balcon, comprend le club de 450 places et nos bureaux. Et tout en haut, on a Le Cap qui comporte la grande salle de 1200 places.

Nous sommes seize salariés permanents : des régisseurs, une équipe à la communication et production, puis une personne à la billetterie, la direction administrative, la comptabilité, la médiation culturelle, la direction technique, la direction artistique et générale du lieu… Depuis quatre ans, nous avons également des volontaires en service civique qui nous accompagnent sur différentes missions : technique, vidéo et production/communication. L’équipe s’étoffe les soirs de concerts avec des intermittents, des barmaids…

Quelles sont les activités de La Sirène ?

Camille : Nous avons trois grandes missions à La Sirène. D’abord, il y a l’accompagnement de la pratique amateur. Nous mettons à disposition 5 studios, qui sont équipés de backline, sur une amplitude horaire très large. Cette partie est destinée aux groupes en développement. Les régisseurs accompagnent les musiciens amateurs sur l’aspect scénique, la promotion de leurs projets, l’enregistrement de maquettes… Nous mettons aussi en place des rencontres et des ateliers, où les artistes programmés témoignent sur leurs pratiques. Cela permet de créer des passerelles, du lien, entre les concerts et les ateliers.

Notre deuxième mission est la diffusion de concerts, qui se veut la plus éclectique possible (du rock à l’electro, du jazz à la chanson, du hip-hop aux musiques du monde…). La programmation s’étend entre septembre et juillet et propose quelques 70 rendez-vous par saison. Tous les styles y sont représentés, pour qu’il y en ait pour tous les goûts, avec des têtes d’affiche et de la découverte.

Le dernier volet de nos missions est la partie Création : les résidences. Elles prennent de plus en plus de place dans le projet de La Sirène. Des groupes francophones, essentiellement, se servent de nos équipements et de notre salle pour créer leurs spectacles avant de partir en tournée. Des petites et des grandes équipes débarquent ici en résidence. Les durées varient en fonction des objectifs de travail des artistes. La résidence sert à travailler parfois un élément précis comme la lumière ou la vidéo, à préparer une tournée ou des dates importantes, à reprendre des repères lors de la reformation d’un groupe… Les résidences durent de deux jours à une semaine. Ce volet-là me tient particulièrement à coeur : nous sommes chanceux de voir tous ces spectacles se créer ici…

J’ai grandi avec la magie d’un festival sous mes fenêtres.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler dans la musique ?

Camille : J’ai toujours grandi avec de la musique autour de moi, mes parents et grands-parents en écoutaient dans des registres différents. Pendant toute mon adolescence, j’habitais sur les remparts à La Rochelle, qui donnent au-dessus du parking Saint-Jean d’Acre où se déroulent chaque été les Francofolies. J’ai grandi avec la magie d’un festival sous mes fenêtres. J’étais intriguée, cela m’a donné envie d’y travailler… À 18 ans, je me suis retrouvée projetée sur la grande scène, au poste d’hôtesse de loge, avec des gros noms de la chanson française. Préparer les loges et les serviettes de scène, faire la gestion des stocks… J’ai trouvé tout cela passionnant.

En parallèle, j’ai fait des études de graphisme en école d’arts appliqués, puis un BTS en communication visuelle. J’ai continué mon parcours scolaire et tous les étés, j’étais aux Francofolies. Puis de nouvelles opportunités sont apparues, j’ai vécu plusieurs expériences ponctuelles en production sur d’autres festivals. Après mes études, j’ai rejoint l’équipe des Francos sur une plus longue période, pour la préparation en amont du festival sur la partie production et un projet d’action culturelle « Les Enfants de la Zique ». C’était un livre à destination des professeurs sur la musique et la chanson française. Suite à cette expérience, j’ai travaillé à La Coursive (scène nationale de La Rochelle) pour sa campagne d’abonnement (distribution des programmes, remise des abonnements au public, placement du public en salle…), tout en faisant du graphisme en freelance pour divers événements.

Puis, le projet de La Sirène a commencé à se dessiner ! J’ai alors été bénévole pour l’association XLR avant l’ouverture de la salle, petite main lors de temps forts avant et pendant les travaux sur différentes missions comme le montage, la cuisine, l’accueil du public, la communication… En 2011, enrichie de toutes ces petites expériences et rencontres, les choses ont commencé à se préciser. Le croisement de mes compétences en accueil, en graphisme et en organisation au service des uns et des autres ont porté leurs fruits. Cette année-là, j’ai alors travaillé dans ces 3 structures culturelles rochelaises, à différents postes : aide cuisine, billetterie à La Sirène ; campagne d’abonnement, visites, accueil du public et des artistes à La Coursive ; puis assistante de production aux Francofolies. En novembre 2012, j’ai alors rejoint l’équipe de La Sirène en CDI sur une double mission : en communication sur la partie graphisme et en production. Depuis, l’histoire continue !

Mon parcours est fait d’une succession de belles rencontres. Cela m’a permis d’explorer un large panel de structures : des festivals, un théâtre national, une salle de musiques actuelles… J’ai appris comment organiser un festival qui accueille 150 groupes sur cinq jours, comment accueillir une compagnie de danse, un orchestre… À La Sirène, tout était à créer, à faire, à imaginer, car on ne reprenait pas quelque chose d’existant. Toutes ces expériences m’ont permis d’ouvrir des portes et de me diversifier. Il faut y croire, même si les choses ne sont pas forcément acquises dès le début.

En quoi consistent tes missions en communication ?

Camille : En communication, je suis en charge du graphisme. Je travaille sur cette partie-là en binôme avec Cécile Mourlaque, responsable de la communication. C’est une partie très passionnante qui consiste à mettre en valeur visuellement la programmation, les artistes, des ateliers, des expos, un propos… sur le papier ou sur les réseaux. Nous travaillons tout au long de l’année sur des visuels spécifiques afin de mettre en valeur des artistes, des co-plateaux, puis sur des déclinaisons en fonction des différents types de supports : les affiches, les flyers, les programmes, les réseaux sociaux, le site web… Mais il s’agit aussi d’un travail trimestriel, afin de mettre en valeur la programmation du trimestre avec des photos à la billetterie, sur la colonne morris à l’entrée de la salle, sur les newsletters, les réseaux sociaux… Nous avons plusieurs temps forts pendant l’année comme les anniversaires, les lancements de saison et les programmations d’été et d’hiver, pour lesquels nous créons des identités spécifiques made in Sirène.

Mes savoir-faire en graphisme ont dérivé sur la partie production puisque j’ai mis mes compétences de mise en page au service des feuilles de routes, des feuilles d’heures, des badges d’accès… La Sirène a cette volonté de garder la main sur sa communication interne. Nous avons notre propre feuille de route, avec notre charte graphique, notre identité visuelle, parfois aux couleurs de certains événements. Mathieu Moreau complète l’équipe Com au poste de Community manager : il planifie la visibilité des différents événements sur nos différents réseaux (Facebook, Instagram, Twitter, Spotify) en y adaptant le contenu, avec le bon ton au bon moment. Sans oublier chaque année l’aide d’un service civique sur la partie vidéo.

Comment cela se passe au niveau de la production ?

Camille : Sur la partie production, je travaille en binôme avec Mathieu. Nous nous partageons les dates, un partage qui s’est fait assez naturellement. On aime des univers musicaux différents, ce qui nous permet de se compléter facilement et de choisir les dates en fonction de nos goûts : Mathieu plutôt métal, rock et électro… Et moi, plutôt pop, indie, chanson… Ce binôme est complété ponctuellement par Lucie Prevost au poste de médiation culturelle, ancienne service civique, qui nous a rejoint à temps plein depuis l’année dernière.

En production, nous avons deux grands temps. Il y a d’abord la phase de préparation lors de réunions avec David Fourrier, le directeur général et artistique de La Sirène, qui nous donne les grandes lignes du trimestre à venir. Nous évoquons les horaires, les contraintes, ce qui a été négocié pour l’hébergement et le transport, les contacts de la production de l’artiste. Nous entamons alors la phase préparatoire avec le régisseur de l’artiste, à qui on repose tout un tas de questions : leur situation géographique la veille du concert, leur heure d’arrivée, l’effectif de l’équipe, leurs moyens de transport, le nombre et les types de chambres d’hôtel souhaitées, s’ils ont une fiche technique et un rider à nous transmettre, leurs besoins en backline, leurs régimes alimentaires… Nous rassemblons toutes ces informations dans une feuille de route qui fait office de document officiel. En suivant, nous réservons l’hôtel, les billets de train ou d’avion si nécessaire… Nous transmettons ensuite les timings validés et fiches techniques à l’équipe technique pour qu’elle puisse prendre le relais (préparer le plan de feu, prévoir le matériel sur scène, les praticables…). Nous transmettons le nombre de couverts et les régimes alimentaires à l’équipe du catering… Arrive ensuite la partie courses, la préparation et l’aménagement des loges avant l’arrivée des artistes, la préparation de la feuille d’heure, du petit déj, des serviettes et des douches si les artistes voyagent en tour bus… Nous avons la chance d’avoir avec nous l’aide d’un volontaire en service civique sur cette partie-là.

Enfin, arrive le jour du concert ou de la résidence ! Nous accueillons les artistes, leur montrons les espaces et sommes alors leur interlocuteur pour le reste de la journée. Nous devons les orienter. Si une corde de guitare est cassée, il faut trouver un magasin de musique, s’il y a un problème de santé, on doit arranger un rendez-vous chez le médecin… Nous devons aussi ajuster le nombre de repas… Nous faisons également des runs pour accompagner artistes ou chauffeurs à l’hôtel ou à la gare… Notre rôle est central et en lien avec toute l’équipe. C’est comme si La Sirène était notre maison, on accueille les équipes avec le sourire pour qu’elles s’y sentent bien, et nous restons disponibles tout en étant discrets. Il ne faut pas être intrusif. On accueille les artistes, tout en respectant une certaine distance.

Comment vis-tu l’alliage entre tes deux missions, production et communication ?

Camille : Avoir cette double casquette, c’est une chance. Aujourd’hui, si je devais choisir entre les deux métiers, production ou communication, ce serait difficile car j’aime cette combinaison. Cela rend notre quotidien très nourrissant et transversal. Tu prépares un visuel pour un événement, puis tu élabores ta feuille de route en fonction du visuel… Après, tu réserves les chambres d’hôtels, tu prépares les loges… Puis le jour même, tu mets le bâtiment aux couleurs du visuel créé précédemment… Et bien sûr, tu accueilles les artistes. Les deux missions sont vraiment complémentaires. Le fait qu’on ait tous des doubles casquettes est une clé de réussite du projet de La Sirène, et nous enrichit au quotidien.

Quelles problématiques rencontres-tu dans ton métier ?

Camille : Certaines choses sont en train de changer au niveau de la consommation. On est de plus en plus amené à travailler avec des produits locaux, de saison. Il y a une vraie envie, une vraie demande de la part des artistes de mettre l’accent sur le qualitatif et le local, plutôt que le quantitatif. Au niveau des régimes alimentaires, il y a désormais plus de vegans, sans gluten, sans lactose. Nous avons également dû élargir notre gamme de gâteaux, de fruits, et choisir davantage des produits biologiques. Nous essayons d’être plus attentifs au développement durable en réduisant la consommation de bouteilles d’eau en plastique, qui est assez excessive. Il faut limiter la quantité et trouver des solutions. On a mis des poubelles de tri dans les loges, et nous avons désormais trois poules en bas qui nous produisent des œufs… Mais nous devons travailler encore à ce sujet.

Quelques mots sur les grands chantiers de La Sirène ?

Camille : La médiation culturelle est un nouveau volet depuis l’arrivée de Lucie. Nous développons la partie jeune public et des projets d’actions culturelles, pour aller davantage sur le territoire. Le volet des résidences a pris une vraie dimension. Je pense que le mot se donne entre les productions. Nous avons un outil de travail, des équipements qui y répondent. Souvent, les artistes sont très contents de l’accueil proposé par La Sirène. On a des bons cuisiniers et la ville est attrayante. Et surtout, une équipe présente, souriante et disponible! Nous essayons toujours de faire un petit apéro-huître-vin blanc pour finir ou commencer une résidence. D’ailleurs, c’est devenu un peu la marque de fabrique de La Sirène. Il s’agit justement d’un temps de convivialité avec les équipes, ce sont des moments d’échanges importants que les artistes apprécient.

Quels ont été tes plus beaux projets au sein de la structure ?

Camille : Ce sont les résidences. Comme évoqué précédemment, cette partie s’est bien développée et a pris une vraie place au sein de La Sirène. Les artistes s’installent durant plusieurs jours dans la grande salle, le club ou les 2 en même temps… Nous sommes bienveillants tout au long de la semaine, pour qu’ils se sentent bien et puissent préparer leurs spectacles. Nous avons davantage le temps de nous croiser, de discuter… Certains artistes que j’aime beaucoup sont passés en résidence ici, c’est alors une chance de pouvoir se glisser derrière le rideau en fin de journée et d’avoir un filage rien que pour soi, de Jeanne Added, The Dø, Flavien Berger… Certains artistes comme Gaëtan Roussel, Dominique A, Last Train, reviennent systématiquement pour leurs résidences chez nous. Ils ont pris ici leurs habitudes, leurs marques… C’est gratifiant pour nous !

Qu’est-ce qui te tient le plus à coeur dans ton métier ?

Camille : C’est l’aventure humaine. Avec l’équipe, on s’entend tous très bien, on rigole beaucoup, ensemble ou avec les artistes… Nous travaillons également avec beaucoup d’autres structures culturelles sur le territoire… C’est une succession de belles rencontres. Les personnes qui passent par ici sont contentes de venir et se rappellent du lieu avec son architecture atypique, de la ville, de l’équipe… On a la chance de travailler dans un bâtiment comme celui-là, encore comme neuf, bien équipé et entretenu, avec la mer à quelques mètres… Les gens s’y sentent bien et nous aussi !!! Nous avons alors le temps de nouer des liens, même très succincts, de rencontrer un peu plus les personnes qui travaillent ou jouent ici. Finalement, on contribue de loin, avec nos petites mains, à l’écriture de tous ces projets. On se lève le matin, on offre du bonheur, des émotions aux gens… On a la chance de faire un métier riche humainement, qui nous passionne !

Chaque année, une figure emblématique de la musique est inscrite sur le mur du Port Atlantique de La Rochelle, juste derrière La Sirène. Visuel : Camille Dubos.


>>> FUNKY BONUS <<<

Ton dernier coup de coeur musical…

Camille : J’adore le dernier Balthazar.

Ton morceau « feel good »…

Camille : « La Fête Noire » de Flavien Berger, un fidèle de la sirène, de plus une très belle personne !

Deux artistes/groupes que tu verrais collaborer ensemble…

Camille : Si je devais réunir des filles : Jeanne Added et Agnès Obel. Elles savent t’embarquer par leur puissance musicale et vocale, à la fois avec force et douceur. Si c’étaient des garçons : Balthazar et Girls In Hawaii. Ils savent t’embarquer et te faire planer avec des voix cristallines, une pop mélancolique, bref la classe belge !

Un concert marquant…

Camille : Un concert de Young Fathers, qu’on a eu au club de La Sirène en 2015, des rythmes incroyables, un moment de live intense !