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[PORTRAIT] Thomas Lusseau et Matthieu Payet / Cristal Publishing

Cristal Publishing est une maison d’édition musicale fondée en 1996 à La Rochelle par Eric Debègue. Spécialisée dans la musique à l’image depuis près de dix ans, elle compte aujourd’hui plus de 300 musiques de films et mène diverses activités autour de l’édition musicale, dans le but de défendre et d’accompagner la création. Au croisement de la musique et de l’audiovisuel, Cristal Groupe, dont fait partie Cristal Publishing, possède aussi son propre studio d’enregistrement et de post-production à Rochefort : l’Alhambra Studios.

Musique à l’image, édition, production, supervision musicale… Matthieu Payet, responsable de supervision et de synchronisation musicale, et Thomas Lusseau, responsable copyright, chez Cristal Publishing, nous parlent de leurs métiers et de leurs visions sur ce secteur.


Matthieu et Thomas, pourriez-vous nous raconter vos parcours ?

Thomas : Après le lycée, j’ai fait un BTS en commerce international. Je ne me dirigeais pas spécialement vers la musique au début, voire même pas du tout. Après, j’ai fait une petite pause d’un an et demi, pendant laquelle j’ai travaillé dans un bar à La Rochelle. Ensuite, j’ai repris mes études de langues et économie (chinois), puis j’ai embrayé sur un master où j’ai étudié l’indonésien. En deuxième année de master, j’ai effectué un stage de six mois chez On And On Records, un label « familial » d’origine nantaise. Ce label a produit entre autres Hocus Pocus, 20Syl, C2C… Ce stage m’a permis de savoir si je voulais faire de la musique mon métier ou si cela resterait une passion en-dehors d’un travail. Au final, je me suis rendu compte que cette expérience m’a beaucoup apporté sur tous les plans… Cela m’a conforté dans l’idée de travailler dans la musique. Après mon master, je me suis mis en auto-entrepreneur. J’ai fait de la prestation de services pour des labels. Cela m’a permis de voir vraiment toutes les facettes. Je l’ai fait notamment pour un petit label parisien qui voulait professionnaliser son activité, donc il a fallu se poser beaucoup de questions. Je l’ai accompagné durant six mois à peu près. Puis un jour, j’ai postulé chez Cristal et j’ai été pris. Cela fait deux ans que j’y suis. Je n’avais pas de formation spécialisée ou de solides connaissances juridiques mais j’ai appris avec Matthieu sur le tas. Cristal m’a donné cette chance.

Matthieu : Je suis issu d’un cursus juridique. J’ai fait mes trois premières années de droit à La Rochelle. J’ai toujours été passionné de musique, pendant mes études je faisais partie d’un groupe. À cette époque, on avait rencontré un représentant régional de la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique). Il nous a expliqué les liens entre l’aspect artistique et la protection des droits d’auteurs, toute la partie juridique… J’ai continué mes études de droit à La Rochelle dans l’ambition de devenir juriste d’entreprise ou avocat en droit des affaires en mode costard-cravate et compagnie. Chose qui ne me plaisait absolument pas, il faut le dire. Je me suis retrouvé bloqué pour l’obtention d’un master 2 et quitte à finir mes études, je suis parti dans l’idée de recommencer un master qui me plairait, plus dans mon état d’esprit. Le droit a un côté très formaliste et froid, là où la musique a un côté plus chaleureux.

On sait qu’il y a une rigueur dans notre activité et on a besoin d’être structuré. Mais il faut aussi prendre en compte le caractère humain, culturel, artistique. Ce sont des notions ultra fondamentales, tout comme des notions de management, de commerce… Il faut savoir lier le tout pour travailler dans de bonnes conditions. Donc je suis tombé sur un master à Aix-en-Provence en droit et management de la culture et des médias. Cela s’est super bien passé. J’ai compris les règles de droit à travers les médias, la musique, l’audiovisuel, la publicité… À la fin de mes études, j’ai dû trouver un stage en entreprise et j’ai sonné chez une petite entreprise, Cristal Publishing, avec mes quelques notions de droit. À la fin de ce stage, on m’a appelé en me demandant si je voulais revenir avec eux pendant huit mois, et cela fait maintenant cinq ans que j’y suis.


Selon vous, quels rapports entretiennent ensemble musique et image ?

Thomas : La comparaison est vite faite. Il suffit de regarder un film avec le son, puis sans le son, et on comprend la valeur ajoutée qu’apporte la musique à l’image : c’est une image en plus, une sensation supplémentaire. C’est complètement inhérent au film.

Matthieu : Il y a un exercice très sympa à faire. Tu prends une séquence vidéo avec une musique dessus. Tu mutes ton film, tu passes un autre morceau d’un autre registre, et encore un autre morceau d’un tout autre registre. Et là, tu te rends compte du sentiment que l’image t’apporte, et comment ce sentiment peut changer face à cette même image en fonction du registre musical. L’idée est d’accompagner la narration via la musique, d’utiliser l’ouïe pour véhiculer des sentiments, en plus de la vue, du scénario. La musique peut être en adéquation avec le scénario, avec le besoin de faire ressentir et d’accentuer telle émotion par rapport à la volonté du réalisateur et du scénariste. Mais parfois, la musique est un contre-pied total pour dédramatiser une situation ou pour apporter autre chose que ce qui est dit à travers l’image et le scénario.

« Il suffit de regarder un film avec le son, puis sans le son, et on comprend la valeur ajoutée qu’apporte la musique à l’image : c’est une image en plus, une sensation supplémentaire… »

Tout ce travail de lien entre musique et image est issu d’une communication entre réalisateurs, superviseurs musicaux et compositeurs.

C’est un travail réfléchi. Par définition, le compositeur est le troisième auteur d’une œuvre cinématographique. Il y a une création à part entière, qui peut vivre de manière complètement extérieure et indépendante à un film, via les bandes originales.

« Le compositeur est le troisième auteur d’une œuvre cinématographique ».

Pour un compositeur, la difficulté dans la création de musique à l’image est le fait qu’il y ait une commande avec des besoins spécifiques, qui ne sont pas forcément ceux qu’il rechercherait avec son propre album. Donc il doit s’adapter aux besoins du film, du réalisateur. À mon sens, c’est une notion un peu plus difficile que le travail de création musicale pour un album.


Pourquoi avez-vous décidé de vous spécialiser dans la musique à l’image avec Cristal Publishing ?

Matthieu : Chez Cristal, on est tous passionnés de musique, de cinéma et d’audiovisuel. On est en constante adaptation aux mutations du secteur, cela s’est fait au fur et à mesure. Au départ, on a eu quelques demandes ponctuelles de musiques pour des projets audiovisuels, notamment avec notre studio d’enregistrement, l’Alhambra, qui permet aujourd’hui de faire de la postproduction. Nous avons développé ce studio, qui est devenu un réel outil de travail pour les acteurs de la musique et de l’image. Nous avons toujours pour ambition de mettre l’accent sur l’intérêt premier du compositeur et de son travail, de faire vivre ses morceaux. On a aussi un intérêt à faire vivre cette musique vu que c’est notre ressource d’activité.

« On est une sorte de soupape de sécurité pour les compositeurs »

(c) Jean-François Augé


Quelles sont vos missions au sein de Cristal Publishing ?

Matthieu : Je m’occupe de rechercher et de proposer des titres aux partenaires audiovisuels. C’est ce qu’on appelle la clearance. Je me situe davantage sur la supervision musicale, avec la synchronisation ou autrement dit, le placement de musiques pré-existantes.

Thomas : Je suis en charge de la protection de la musique originale et des droits d’auteurs via les contrats d’édition et les dépôts des œuvres à la SACEM et à l’international.


Vous assurez à la fois la supervision musicale, la production exécutive et l’édition musicale… Pourriez-vous définir ces trois branches ?

Matthieu : À mon sens, la supervision musicale et la production exécutive sont complémentaires chez Cristal. Le producteur exécutif chaperonne et accompagne la création musicale. Il a une fonction d’employeur dans le sens où il établit les contrats d’embauche des musiciens pour la constitution d’un orchestre. Il est aussi en charge du contrat de commande et du paiement des compositeurs… Le producteur exécutif aménage l’échéancier, suit le déroulement du processus, trouve le bon studio, et veille à ce qu’il n’y ait pas de hiatus sur un enregistrement… Il s’occupe aussi de la location de matériel ou de locaux si besoin. Les superviseurs musicaux peuvent aussi être producteurs exécutifs. Ce sont des branches complémentaires, voire synonymes à partir du moment où elles touchent l’aspect de création pure. En supervision musicale, je travaille sur l’acquisition et la recherches de musiques pré-existantes. Quand un réalisateur et une production veulent obtenir un titre, à moi d’obtenir les informations sur la personne à solliciter, de négocier un montant d’utilisation qui puisse rentrer dans le budget musical de la production, et de verrouiller les contrats et l’utilisation de ces morceaux. Le superviseur musical peut aussi proposer un service de mise à disposition de musique, ce qui est notre cas.

« Ce sont des branches complémentaires, voire synonymes à partir du moment où elles touchent l’aspect de création pure. »

En tant qu’éditeur musical, nous constituons un catalogue éditorial composé de musiques destinées à l’image. Il a de nombreuses facettes en termes de géographie, de registre musical… Comme on travaille dans la musique de films, il contient beaucoup de morceaux dédiés à l’image. L’objectif est de permettre aux réalisateurs n’ayant pas forcément un budget pour la création musicale, de trouver une alternative avec de la musique pré-existante.

Chez Cristal, nous sommes donc à la fois producteurs, superviseurs et éditeurs musicaux, vu que je peux aller chercher soit dans notre catalogue éditorial, soit dans les catalogues de mes confrères, pour proposer des musiques qui semblent les mieux adaptées à telle séquence, tel besoin du film. Il s’agit du pôle synchronisation. Les musiques non-éditées par Cristal peuvent être très connues et négociées avec des majors, ou des petites pépites sur des labels indépendants ou des sociétés de librairie musicale, qui sont de plus en plus professionnalisantes à ce niveau-là. L’idée est de trouver le morceau qui fera mouche auprès du réalisateur. C’est davantage mon terrain d’activité.

Pour autant, il faut dissocier l’édition musicale de la production exécutive et de la supervision musicale. Le cœur du métier de l’éditeur musical est d’assurer l’exploitation permanente et suivie de l’oeuvre. L’éditeur musical a pour tâche de mettre en valeur les œuvres qu’il représente au travers de son réseau, de sa structure, de trouver les meilleures possibilités de communication d’un point de vue promotionnel et économique pour les auteurs-compositeurs. De nombreuses agences de supervision ne font pas d’édition musicale. Elles vont piocher dans les catalogues de leurs collaborateurs pour trouver les musiques pré-existantes, en fonction de ce qui leur est proposé. Elles sont justement en interaction avec les éditeurs musicaux pour cette recherche de musiques. Chez Cristal, nous avons l’avantage de représenter notre propre catalogue éditorial, ce qui nous permet de le mettre en valeur. Cela passe par des intermédiaires techniques et numériques, de la veille, des newsletters pour parler des sorties musicales, des pré-sélections que l’on envoie à des superviseurs musicaux…

« Le cœur du métier de l’éditeur musical est d’assurer l’exploitation permanente et suivie de l’oeuvre »

Un éditeur va mettre tous les moyens à disposition, avec des objectifs de moyen et non de résultat, pour valoriser les œuvres. Nous passons par de la promotion, du démarchage sur des festivals pour vendre notre catalogue éditorial. Par ailleurs, une grande partie de l’édition musicale est la protection des droits d’auteurs. Cela passe notamment par le tracking, c’est-à-dire l’analyse des programmes TV pour voir quand un film a été diffusé et veiller à ce que les droits de diffusion soient payés selon les échéanciers de la SACEM.

Nous touchons aussi l’ensemble des différents moyens de communication des œuvres : les prestations live, la radiodiffusion, la commercialisation de CD et de DVD… Sur tous ces niveaux, nous devons à chaque fois vérifier que les diffusions soient bien déclarées et payées. Pour toute diffusion de l’oeuvre, l’éditeur doit donner son autorisation. Si elle n’est pas donnée, cela s’appelle de la contrefaçon. L’éditeur est le garant juridique pour les utilisations de son catalogue.

La défense des droits d’auteurs est au cœur de votre activité. Qu’entendez-vous exactement par « droit d’auteur » ?

Matthieu : Le droit d’auteur est constitué de deux grands types de droits : le droit moral et le droit patrimonial. Le droit moral correspond d’abord à la paternité de l’oeuvre. L’auteur possède aussi les droits de l’intégrité de son œuvre. Si une personne veut l’utiliser pour en faire une transformation totale ou partielle, une autorisation doit être demandée.

Par exemple, un grand travail se fait aujourd’hui sur les samples, les déclinaisons humoristiques… L’auteur a également le droit à la divulgation de son œuvre. Il est le seul à décider s’il souhaite la diffuser ou non. Du droit à la divulgation découle l’autre grand type de droit, le droit patrimonial. Globalement, il s’agit des droits de représentation ou d’exécution publique (diffusion des œuvres en concert, télévision, radio) et de reproduction (fabrication et vente de CD). Ces droits patrimoniaux sont transmissibles. Ce sont ces droits d’exploitation qui sont cédés par l’auteur à l’éditeur. Ils sont aussi prescriptibles avec la durée de protection des droits. Les droits moraux sont, quant à eux, inaliénables et imprescriptibles. Ceux-ci dureront toute la vie.

« L’éditeur est le garant juridique pour les utilisations de son catalogue »

Toutefois, il faut savoir que le droit d’auteur est propre au droit français. Le système du copyright est particulier. D’après les échos de mes confrères sur le territoire anglais, ils ont de plus en plus tendance à ne plus créditer les auteurs-compositeurs sur les génériques. La France et l’Union Européenne sont très protectrices des intérêts des auteurs-compositeurs et de la création culturelle, là où le système américain est vraiment axé sur le côté business. Par contre, chez eux, la commande et le placement de musiques sont beaucoup mieux rémunérés à la base. Les montants des acquisitions sont très intéressants pour les compositeurs. Mais en terme de droits d’auteur, c’est-à-dire les rémunérations issues des diffusions des œuvres, cela ne rapporte presque rien.


Comment procédez-vous pour protéger ces droits d’auteur ?

Thomas : Nous protégeons des œuvres auprès de la SACEM grâce à des contrats d’édition et des bulletins de déclarations. Ce sont les seuls éléments qui nous permettent de réellement protéger les œuvres.

« Ces droits d’auteur sont le principal revenu des compositeurs »

Matthieu : La SACEM a le monopole en terme de protection des droits d’auteur sur le territoire France. Aujourd’hui, ces droits-là sont difficiles à récupérer si on ne passe pas par un organisme de gestion collective comme la SACEM. Cet organisme a les prérogatives sur les droits patrimoniaux pour l’exploitation des œuvres. Il capte les droits et les redistribue pour les exploitations qui sont faites sur le territoire France. Tant que l’oeuvre n’est pas déposée, les droits patrimoniaux n’existent pas. Le droit moral est bien, mais pour un compositeur, la meilleure source de preuve est le dépôt à un organisme de gestion collective. Chez Cristal, nous établissons un contrat d’édition qui nous lie à un compositeur, et nous faisons signifier ce contrat et l’existence d’une œuvre à la SACEM. À partir de là, elle est protégée à travers le monde également.

À charge pour nous de veiller sur les diffusions et d’accompagner le travail de la SACEM en leur fournissant les pièces et les justificatifs des exploitations. Typiquement, c’est une des activités que je fais à chaque répartition. Je dois analyser les droits qui ont été perçus, veiller à ce qu’ils correspondent bien à ce qui est normalement perceptible pour les compositeurs et les éditeurs, et faire remonter l’information si je vois qu’il y a une carence, un manquement sur le paiement. Cela peut être des petites sommes mais au fur et à mesure, en les cumulant pendant plusieurs années d’exploitation, la somme peut monter facilement.

Aujourd’hui, ces droits d’auteur constituent le principal revenu des compositeurs. Notre objectif est de faire en sorte qu’ils puissent obtenir les fruits de leur travail, qui sera en plus vecteur de nouveaux moyens de création. La majeure partie des compositeurs que je connais vont ré-injecter ces droits dans de nouveaux équipements pour créer de la musique.


Cristal Publishing est une vraie interface entre créateurs de musique et producteurs audiovisuels. En quoi consiste un tel positionnement ?

Thomas : Il existe un certain rapport de force entre les boîtes de production et les chaînes de télévision qui sont aussi des diffuseurs, face aux compositeurs. Le rapport n’est pas du tout équilibré. C’est là que nous intervenons pour protéger et défendre les auteurs et les compositeurs.

« Nous intervenons pour protéger et défendre les auteurs et les compositeurs »

Matthieu : Aussi, l’étape de création est vraiment importante pour nous. Comment déterminer le prix d’une création musicale, le bon échéancier, le bon cahier des charges, la bonne manière de créer de la musique ? Pour un producteur audiovisuel, le processus de création musicale doit être rapide et rentrer dans son budget. En réalité, ce processus prend du temps pour le compositeur afin de proposer un travail qualitatif, compte tenu des moyens techniques, matériels et financiers qu’il peut avoir. Notre travail est aussi de faire comprendre aux productions que la musique a un coût. L’idée pour nous est de donner aux compositeurs une sphère de travail convenable, en adéquation avec les besoins d’un producteur. Il faut temporiser les producteurs qui ont parfois du mal à comprendre que la musique a un coût. Finalement, nous nous positionnons comme des intermédiaires pour créer une bonne synergie entre la création musicale et la production audiovisuelle.

Thomas : C’est parfois difficile car on arrive en fin de process en général. On mène un travail de pédagogie envers certaines boîtes de production, pour leur faire prendre conscience de l’ensemble des éléments qui rentrent en compte.

Matthieu : Nous avons tous des contraintes et des problématiques, mais si on communique, on peut trouver ensemble la bonne équation qui fait fonctionner l’ensemble du process. Ce sont des choses qui nous tiennent à cœur chez Cristal. D’où l’intérêt de l’initiative que nous menons en partenariat avec le SNAC (Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs) et l’UCMF (Union des Compositeurs de Musiques de Films) autour du FIMI (Forum Itinérant de Musique à l’Image). Il s’agit d’un événement dans le cadre de festivals où producteurs, réalisateurs, compositeurs, et éditeurs musicaux se rencontrent pour que les métiers se parlent et échangent sur leurs pratiques.

FIMI #5 au Festival International du Film d’Animation d’Annecy


Pensez-vous que le métier d’éditeur musical va évoluer ? Quels sont les enjeux de l’édition musicale aujourd’hui ?

Matthieu : Le métier est en constante évolution. Déjà, il y a le fait d’être passé de la communication d’un recueil de partitions à la dématérialisation de la musique. Aussi, le budget de création culturelle est souvent mis à mal au niveau national et international. De nouveaux médias comme Netflix ou Amazon Prime nous imposent de nouvelles problématiques juridiques. On doit s’adapter à ces nouveaux systèmes. Il faut répondre aux besoins avec les émissions de flux, et c’est de la demande constante de musique. Cela passe par des logiciels de librairie, de la mise à disposition sur de nouveaux systèmes numériques… Il faut toujours anticiper pour ne pas se retrouver à la traîne. La crise du disque est toujours existante. Comment valoriser le digital, comment l’encadrer juridiquement ? Ce sont là les problématiques de l’éditeur.

« De nouveaux médias comme Netflix ou Amazon Prime nous imposent de nouvelles problématiques juridiques. On doit s’adapter à ces nouveaux systèmes »

Thomas : Quand Internet est arrivé, on y a vu une superbe opportunité pour diffuser les œuvres facilement. Mais aujourd’hui, le recoupement des droits et leur rémunération est complexe. C’est le retour de bâton.

Matthieu : Il faut être staffé. En effet, nous travaillons avec de nouveaux logiciels qui nous aident. Ils nous permettent de vérifier les utilisations des musiques. Et il faut avoir un réseau de sous-éditeurs à l’international. Ceux-ci mènent la même activité que nous et représentent notre catalogue sur leurs territoires. À l’heure de la mondialisation, il est fondamental d’être représenté à travers le monde.


Qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur dans votre métier ?

Thomas : Le travail bien fait par tout le monde. Ce qui me tient à cœur, c’est le fait de défendre les compositeurs, de voir qu’il sont rémunérés à leur juste valeur et qu’ils touchent bien leurs droits.

Matthieu : Ce qui me tient le plus à cœur, c’est quand un compositeur me dit qu’il est super content d’être placé sur un film. Et bien sûr, j’aime me prendre des claques musicales quand je regarde un film ou un documentaire.