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[LAMAO EDITIONS] Portrait de Fany Souville, éditrice

Fany Souville, fondatrice de LamaO Editions, maison d’édition livre et musique située à Rions (33), nous présente ses projets mêlant musique, mots, et illustrations.

Découvrez son métier et son parcours…

Le RIM : Comment est née l’aventure de LamaO Éditions ? 

Fany : Je suis passée par de nombreux métiers. En 2014, alors que j’étais dans le BTP, j’ai compris qu’à force de passer d’un boulot à l’autre, il manquerait toujours quelque chose. C’était toute une partie artistique que je ne trouvais pas. L’idée de créer une maison d’édition m’est venue. Je ne savais pas exactement quoi ni comment, mais en lien avec la musique et la littérature… Et puis, en janvier 2015, j’ai accueilli chez moi 3 artistes en résidence : Daguerre, Eddy La Gooyatsh et Pierre C. À l’époque j’étais bénévole de l’association Bordeaux Chanson, qui avait quelques soucis de logements pour son projet La Partie À 3. Sur la semaine, je les ai très peu vus, mais on a discuté rapidement au moment d’imprimer les textes pour leur concert, et c’est parti de là ! Eddy m’a rappelée une semaine après en me disant “écoute, voilà, toi tu veux monter une maison d’édition, moi je veux faire un livre-disque sur M Le Méchant, si tu veux on y va ensemble”. C’est comme ça que, sans vraiment savoir où on allait, on est parti à l’aventure. M Le Méchant est sorti le 21 octobre 2015 et on s’est dit : «bon maintenant il y en a un qui est sorti, mais il va falloir continuer». Depuis, avec Eddy on se voit tous les mois, alors que c’est quelqu’un que je ne devais pas revoir ! On ne s’est jamais quitté, et je pense que ça va être compliqué d’arrêter de travailler ensemble.

Le RIM : Peux-tu nous en dire + sur ton parcours avant LamaO Editions ?

Fany : À la base, je ne viens pas du tout du monde de la musique, ni de l’édition, j’ai fait un peu tout. Je suis née à Montauban. J’ai fait deux ans de fac d’histoire à Toulouse, mais je n’ai pas aimé. J’ai changé de cap, pour un DUT en carrières sociales à Bordeaux. Ensuite, j’ai été éducatrice dans les écoles primaires. Pendant ce temps-là, j’ai passé un DEFA (Diplôme d’État Fonction d’Animation), et à côté j’ai suivi des formations d’infographie et web design, histoire d’apprendre les logiciels de création graphique. J’avais déjà cette envie-là d’artistique. Ensuite j’ai été  professeure d’informatique pendant 3 ans, puis directrice de maison de quartier sur Mérignac. Pour des raisons personnelles, j’ai déménagé et ouvert des chambres d’hôtes dans l’entre-deux mers à Rions où je suis aujourd’hui. Puis j’ai eu des jumeaux, ce qui fait que les chambres d’hôtes ont été plus compliquées à gérer. J’ai arrêté pour un mi-temps de secrétariat de direction dans une boîte de BTP. Là, je me suis dit que je devais commencer à chercher ce pour quoi j’étais vraiment faite. Et voilà, je pense que j’ai trouvé en 2015 !

« Tout ce que j’ai fait m’a amenée là […] ce n’est pas grave si on prend des chemins un peu bizarres parfois… »

Ce que je retiens d’un parcours qui peut paraître chaotique, c’est que tout ce que j’ai fait m’a amenée là. Par exemple, en secrétariat de direction, j’ai fait de la comptabilité, chose que je n’avais jamais faite, et j’ai appris à gérer une entreprise. Aujourd’hui, je sais faire la comptabilité de ma maison d’édition. Ce que j’ai fait en infographie, en informatique et en webdesign, m’a appris à travailler sur des logiciels comme Illustrator, InDesign, Photoshop, que j’utilise en permanence aujourd’hui. Mes années d’histoire m’ont permis de travailler la rédaction et l’expression. Ce n’est pas grave si on prend des chemins un peu bizarres parfois… Et je ne sais pas encore quelles seront les évolutions de la maison d’édition…

Le RIM : LamaO est portée par une ligne éditoriale singulière et marquante : « Des mots à la musique, de la musique aux mots ». Qu’entends-tu par là ?

Fany : Quand je dis « Des mots à la musique », cela signifie que par le biais du livre-disque, on va prendre ces mots de chansons, et en faire de la musique. Le lien avec la musique, c’est les auteurs qui vont le faire. Et « De la musique aux mots », nous choisissons des auteurs-compositeurs-interprètes de la chanson, et nous les amenons à travailler davantage avec les mots. Nous voulons montrer que ces personnes savent raconter des histoires, écrire des œuvres plus littéraires. Ils ont une facilité avec les mots, comme Jérémie Bossone par exemple. Excellent musicien/compositeur/chanteur, il sait aussi écrire des romans (ndlr : Crimson Glory paru chez LamaO Editions). Il y a un vrai jonglage entre les mots et la musique. L’idée est de se servir de leurs talents, autant eux que moi d’ailleurs, pour montrer qu’ils ne sont pas seulement des chanteurs, mais aussi des écrivains, des illustrateurs, des photographes…

Le RIM : LamaO Éditions regroupe 3 collections : Côté Jardin, En Scène et Côté Cour. Pourrais-tu nous présenter chacune de ces collections ?

Fany : J’ai repris les termes de la configuration des concerts, ce qui se passe sur scène. En spectacle, l’artiste a un côté jardin, un côté cour, et il est en scène. Côté jardin est une collection destinée aux enfants. D’ailleurs c’est rigolo, car M Le méchant d’Eddy La Gooyatsh parle de jardins, de fleurs, et ce livre-disque a donné le nom à la collection. Côté cour, il s’agit d’ouvrages sans musique pour adultes. Ceux-ci peuvent être des romans, des BD… En scène, nous proposons des livres-disques pour adultes, tous publics. Ici, il y a forcément de la musique. Ce sont des livres-disques qui partiront en concert. Les artistes seront sur scène pour défendre à la fois l’album CD et le livre. Nous envisageons peut-être d’ouvrir une quatrième collection de projets autres, hors-série. Il ne s’agirait pas forcément de créations d’auteurs-compositeurs-interprètes, pas forcément en français…

« Des livres-disques qui partiront en concert… »

Le RIM : Comment choisis-tu les projets ?

Fany : La rencontre est le point de départ. Soit je vais chercher la rencontre, soit les artistes viennent me chercher. L’humain est très important et pour collaborer, il faut s’entendre. Plus que des auteurs, ce sont aussi des amis, les liens sont forts. Le projet doit aussi me plaire pour que je puisse le défendre. J’essaie toujours de voir les artistes sur scène, et si j’aime, je les démarche. Pour la plupart des projets j’ai sollicité des artistes, à part Capitaine Hinamé, un tout jeune artiste que j’ai connu grâce à l’association Voix du Sud portée par Francis Cabrel, avec laquelle je tisse des liens forts. Ma spécialité est plutôt la chanson française, mais je suis ouverte à tous styles/esthétiques musicaux. Pour moi, à l’écoute d’une chanson, mon attention sera d’abord portée sur ce que les mots vont me dire. C’est mon côté plus littéraire… Pour d’autres, c’est d’abord la musique.

Le RIM : Comment collabores-tu avec les auteurs du livre et de la musique dans la construction commune d’un ouvrage ?

Fany : Avec les artistes, nous faisons beaucoup d’allers-retours sur les illustrations, les textes, la musique, par mail, téléphone, ou par rencontres… Ils m’envoient un premier jet puis on re-travaille là-dessus. Les auteurs me confient leurs manuscrits. Je les fais travailler dessus pour qu’ils soient éditables, mais ce qui est éditable doit aussi correspondre à leurs attentes. C’est ce pont-là qu’il faut faire. Rien ne sort tant qu’on est pas tous d’accord. En ce qui concerne la production et la réalisation de la musique, les artistes s’en chargent eux-même de leurs côtés.  J’écoute au fur et à mesure qu’ils m’envoient leurs créations et je donne mon avis. Ils ont soit leur propre studio, ou travaillent avec une boîte de production qui finance le studio. Une fois que je reçois le master final, je prends le relais et procède au pressage des CD. Je paie les droits, je crée la maquette avec les visuels, et je conçois le livre-disque virtuellement. Ensuite, le tout part à l’impression. Contrairement au milieu de la musique où les interlocuteurs sont nombreux, nous travaillons en très petit comité. Je travaille seule avec les auteurs sur les ouvrages et il y a une vraie discussion de fond. Ils ont beaucoup de liberté sur leurs créations. Aussi, je signe un contrat par projet. Nous décidons ensemble avec les auteurs si nous continuons ou pas.

Découvrez les auteurs chez LamaO…

Le RIM : Comment procèdes-tu en terme de fabrication et de promotion ?

Fany : J’ai décidé de travailler en local, et de ne pas faire imprimer et presser à l’étranger. Le pressage se fait chez Réverbération à Bordeaux et l’impression chez Sodal à Langon. Pour les affiches et supports promotionnels, je travaille avec Sergent Papers à Toulouse. Cette collaboration de proximité me permet d’être aux pieds des machines quand le livre sort de l’imprimante, et les choses se font facilement, rapidement. Je fais aussi fabriquer en local dans une démarche plus écologique et responsable, et je choisis un papier recyclé. Pour la promotion, je travaille régulièrement avec une attachée de presse et des bookers.

Le RIM : Pourquoi avoir choisi le format livre-disque ?

Fany : J’ai choisi le livre-disque pour diffuser les créations des artistes autrement, pour ne pas juste les laisser sur un boîtier en plastique… Cela permet d’offrir à l’artiste et au public plus de contenu. Même si un livre-disque coûte plus cher (20-25 €), le public est ravi car tout un univers complète le CD. Il y a un autre rapport à l’objet, qui relève plus de l’objet d’art, comme l’esprit du vinyle en quelque sorte. C’est un renouvellement des formes de production et de vente, qui met un autre écrin à la musique. Nous voulons proposer de beaux livres-disques, tant dans le fond que dans la forme. L’idée est de raconter une histoire, de pouvoir lui donner une suite, un prolongement. Le livre-disque est un tout et on ne peut pas se procurer le CD ou le livre séparément. Aussi, pourquoi les enfants pourraient-ils avoir leurs livres-disques et pas les adultes ? L’inconvénient réside dans le fait que la production du livre-disque demande plus de travail et d’investissement par rapport au CD seul.

« Diffuser les créations des artistes autrement […] tout un univers complète le CD »

Le RIM : Ton projet a été retenu comme un des lauréats de l’Appel à Projet « Coopérations professionnelles » dans le cadre du Contrat de Filière « Musiques Actuelles et Variété ». En quoi ce dispositif a-t-il été bénéfique pour LamaO ?

Fany : Oui tout à fait, j’ai été lauréate à deux reprises, en 2017 et 2018, avec le maximum accordé ! La transversalité, le croisement de plusieurs domaines artistiques a été fortement valorisé. Mon projet contribue au développement de coopérations, à la convergence des filières musique et livre. Il s’agit d’un autre mode de fonctionnement, un chemin pour sortir du gouffre économique actuel en musique. Le Fonds Créatif du Contrat de Filière m’a apportée de l’aide financière pour développer et mener à bien mes projets. Le fait d’avoir été sélectionnée m’a aussi permis de gagner en reconnaissance, en confiance. LamaO Editions est une maison jeune. Cet appel à projets, ainsi que mon entrée en tant qu’adhérente au RIM,  lui donnent plus de légitimité au niveau musical. Ce que je fais parle aux acteurs des musiques actuelles. Les retours que j’ai eu de professionnels, d’artistes et du public m’ont rassurée. La direction que je prends fait sens.

Je me tiens vraiment au carrefour des deux filières. La moitié de mon travail repose sur la filière livre, l’autre sur la filière musique. Toute la partie « promotion et diffusion » concerne davantage la musique avec le booking, les concerts. La distribution, mon travail éditorial et administratif ressortent plus de la filière livre. Mais pour la fabrication, je travaille à la fois avec une société de pressage de disques et un imprimeur. C’est vraiment du 50/50. Ce que j’apprécie dans la filière musique, c’est l’esprit coopératif, plus de liens sont créés entre les acteurs. Dans le livre, tout est très structuré, mais plus rigide aussi. Les acteurs sont plus isolés les uns des autres.

« Transversalité, croisement de plusieurs domaines artistiques, convergence des filières musique et livre… »

Le RIM : Où peut-on trouver les ouvrages de LamaO ?

Fany : Les ouvrages se trouvent en librairie bien sûr. Il sont aussi disponibles par vente directe via la commande en ligne, ou en merchandising à la fin des concerts des artistes. Un autre réseau de distribution est celui des médiathèques, des bibliothèques.

Le RIM : Peux-tu nous dire quelques mots sur tes projets en cours et à venir ?

Fany : Nous avons d’abord le livre-disque LULA de Michel Françoise et Bruno Garcia, que nous avons lancé lors d’une soirée-concert le 10 novembre 2018.  En 2019, un nouveau livre-disque de Daguerre sortira, sur le même format que La Nuit Traversée. Il y aura également un projet de livre pour enfants de Gérald Genty, un conte avec une surprise. Jérémie Kisling sortira aussi un livre-disque pour enfants, avec des chansons écrites et interprétées par lui, et des histoires écrites par lui mais racontée par d’autres. Nous sortirons aussi un autre livre-disque pour enfants avec un spectacle, « Cap au Nord », de l’artiste Hinamé. Une suite de LULA paraîtra également. Eddy La Gooyatsh sortira un nouvel opus pour enfants en 2020.

Questions Funky Bonus :

  •  Quel est le premier album de musique que tu as aimé ?

Un album du groupe norvégien AHA

  • Quel est le premier livre que tu as aimé ?

J’ai dévoré les Alice Détective (bibliothèque verte). J’avais des parents agriculteurs, il n’y avait pas de livres à la maison, j’étais un peu l’extraterrestre…

  • Peux-tu nous citer ton souvenir le plus marquant dans le milieu musical ?

Avec mon fils, j’étais allée à un concert de Oldelaf et la première partie m’a fortement marquée. L’artiste a joué une reprise de “Les Gens qui Doutent” de Anne Sylvestre et ça m’a complètement retournée. C’était la musique que j’ai perdue, que je voulais absolument retrouver. Sans le vouloir, il a participé au déclenchement de l’aventure de LamaO Editions.