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[KIÉKI MUSIQUES et MIAOU RECORDS] COUCOU, dispositif d’accompagnement

Le RIM est allé à la rencontre de Pauline Gobbini, chargée de développement-diffusion chez KIÉKI MUSIQUES, et de Hélène Larrouturou, directrice-fondatrice de MIAOU RECORDS. Deux passionnées de musique, deux structures bordelaises réunies autour d’un projet commun : COUCOU, dispositif d’accompagnement artistique dédié aux projets musicaux émergents.

COUCOU, c’est : Miaou Records (label indépendant et casse-cou) et KiéKi Musiques (engagé jusqu’au cou dans le développement d’artistes) s’associent pour vous présenter leurs coups de coeur et proposer un coup de pouce, sans contrainte de calendrier et surtout ensemble.
Dans le cadre de COUCOU, Hélène et Pauline accompagnent un premier groupe : TITOUAN.

… Découvrez leurs témoignages …

Comment est né le dispositif COUCOU ?

Hélène : Nous avons toujours travaillé ensemble de façon officieuse, d’abord en s’apportant mutuellement des conseils. On a commencé à monter des projets ensemble, et à un moment on s’est dit que ce serait bien de formaliser un format, un dispositif. Vu qu’on avait une volonté de laisser libre cours à des écarts stylistiques par rapport à nos catalogues habituels, COUCOU est donc né assez naturellement !

Pauline : Cette coopération nous a paru évidente. Nous avons eu un coup de coeur commun sur un artiste, et on s’est dit qu’il fallait construire un accompagnement ensemble autour de lui. Le dispositif nous permet d’éviter la frustration et en même temps, de partager des choses entre nos deux structures. Notre objectif est de soutenir des artistes qui démarrent.

Que proposez-vous aux artistes avec COUCOU ?

Hélène : Après plusieurs réflexions sur le dispositif, nous avons pensé à une boîte à outils nommée PIOU-PIOU ! Ce package comprend des éléments qui nous paraissent essentiels au démarchage et au développement de carrière de tout musicien. On les a identifiés et listés. Nous proposons des accompagnements dans la réalisation de démos, de clips, de photographies, de riders et fiches techniques, de supports de communication, un soutien au démarchage de lieux de concerts et de résidences… Ces outils permettent aux artistes de voler de leurs propres ailes !

Pauline : L’idée est aussi d’autonomiser les artistes en leur donnant des clés, des outils pour qu’ils tendent vers une structuration, une professionnalisation. Nous souhaitons les aider à apprendre les bases du métier, à mieux connaître le secteur. COUCOU est soit un tremplin pour que les artistes développent leur entourage professionnel, soit un outil pour ceux qui veulent se diriger vers l’autoproduction et gagner en autonomie.

C’est tellement bien d’avoir cette alternative, COUCOU, qui nous permet un écart stylistique et une prise de risque mesurée.

En quoi les savoirs-faire et expériences de chacune contribuent au dispositif ?

Hélène : Il y a un tronc commun dans l’accompagnement. Nous partageons une vision globale, nous sommes dans le conseil, dans le cas par cas. Par essence, Kiéki Musiques est plutôt spécialisé dans les musiques du monde et la diffusion. Une grande part du travail de Miaou Records est la production et l’édition phonographiques. Nous sommes très complémentaires. Par exemple, Titouan travaille actuellement sur une sortie d’EP. Pour des conseils sur l’édition phonographique, l’enregistrement, la production, la fabrication des disques, le groupe va plus naturellement se tourner vers moi. Je vais être plus à l’aise pour formuler des conseils là-dessus. Pauline est plus axée sur la diffusion, la scène, le spectacle vivant. Mais ce ne sont pas non plus des box fermés, Pauline peut donner son avis sur le disque et inversement, je peux donner un avis sur le spectacle. En fait, nos deux structures ont la même finalité mais nous hiérarchisons les missions différemment. Le wagon n°1 de Kiéki est le spectacle vivant, et pour Miaou, c’est l’édition. Les portes d’entrée diffèrent, mais la réalité du métier est telle que de toute façon, nous sommes chacune amenées à tout faire. Nous voyons tout à 360°.

Pauline : Chacune a ses spécialités, et en même temps tout est tellement poreux. Miaou Records s’est déjà investi dans le domaine du spectacle, des résidences, de la diffusion. Et inversement, Kiéki s’est confronté à la production phonographique avec tout ce qui en découle. Nous avons une vision d’ensemble, enrichie de visions plus fines sur tel ou tel sujet en fonction de nos compétences et expériences individuelles.

Comment procédez-vous pour identifier les besoins du groupe et les actions à mener ?

Pauline : L’élément majeur de ce dispositif d’accompagnement est l’écoute, le conseil. Nous mettons en place des rendez-vous avec l’artiste, environ une fois par mois. Pour le moment, nous accompagnons un premier groupe : Titouan. Nous construisons au fur et à mesure le dispositif avec le groupe. Ces rendez-vous nous permettent de voir où ils en sont, de faire des bilans, des états des lieux réguliers sur l’avancement du projet… On se retrouve chacun autour d‘une table et on amène des idées. Nous essayons de cadrer le projet en terme de calendrier, d’outils… L’essentiel est dans le dialogue. Nous n’arrivons pas avec une recette toute faite, un format qu’on pourrait plaquer sur tous les projets. Cela ne fonctionne pas. Il s’agit vraiment de construire ensemble avec les artistes, leurs idées, leur réseau, et de même, nous apportons nos idées, notre réseau, nos contacts, notre expertise… C’est central. Autant Miaou Records que Kiéki Musiques, c’est déjà la manière dont on travaille avec les groupes, et nous tenons à continuer dans ce sens-là.

Comment choisissez-vous les artistes accompagnés par COUCOU ?

Pauline : Avec ce dispositif, le but est de s’émanciper des critères de sélection que l’on a habituellement. Chez Kiéki nous sommes estampillés musiques du monde, mais l’idée ici est de créer un espace de liberté. Nous n’avons pas l’intention de se déconnecter complètement des musiques du monde car il y a du sens à porter ces esthétiques, c’est un vrai engagement. Nous n’avons pas juste choisi une niche plutôt qu’une autre. J’aime préserver cette cohérence et justement, nous la retrouvons chez Titouan. Mais nous avons quand même l’envie d’être libre, car le public n’écoute pas que du reggae ou des musiques du monde. Nous voulons nous diversifier, sans se mettre d’étiquettes. Là, nous accompagnons un projet qui mélange à la fois de la danse et les musiques hip-hop, world, jazz… D’ailleurs, nous n’avons jamais réussi à trouver un genre pour identifier, décrire Titouan, et c’est tant mieux. Cela ne m’étonne pas, c’est ce que nous cherchions au final. Nous cherchons des projets hors des cases. Nos choix reposent sur le fait d’avoir vu ou entendu un artiste/groupe, d’aimer, et d’avoir envie d’apporter quelque chose au projet.

Hélène : Nous fonctionnons surtout au coup de coeur, par des discussions, et nous allons voir les groupes sur scène. Avec Miaou, à la base, nous nous posons moins cette question de l’esthétique musicale car dès le départ, on a pris le parti pris de ne pas en avoir. Nous sommes très éclectiques. Cependant, nous avons des critères liés au temps et à l’argent. Il existe une multitude d’artistes que je trouve extrêmement talentueux, et ils ne sont pas portés par notre structure. La raison est que l’accompagnement demande énormément de temps et d’investissement dans tous les sens du terme. De ce fait, c’est tellement bien d’avoir cette alternative, COUCOU, qui nous permet un écart stylistique et une prise de risque mesurée. Cela est vraiment agréable. Nous sommes dans un lâcher-prise, avec un espace pour essayer et expérimenter. Il faut être impulsif.

Avez-vous des partenaires externes au dispositif ?

Pauline : Avec Hélène, on ne réfléchit pas pendant mille ans, on fait. Certes, il y a une période de réflexion et d’ingénierie mais à un moment, on aime tracer, avec des ajustements au fur et à mesure. Avec COUCOU, nous sommes actuellement dans une deuxième phase où nous souhaitons fédérer d’autres équipes dans un partenariat durable, pour nous aider à accompagner au mieux les artistes. Nous collaborons avec une équipe de vidéastes, Holl France. Pour défendre un projet, il faut communiquer par des images, un teaser, un clip, une live session… Côté scène, nous allons travailler avec le Pôle Culturel Ev@sion d’Ambarès-et-Lagrave. Ce sera le lieu de résidence et de diffusion, mis à disposition pour les artistes que nous accompagnerons. Le pôle a une salle bien équipée et une spécificité sur le numérique qui peut être intéressante pour le dispositif. Il propose aussi un bon accueil aux artistes.

Hélène : Côté studio et disque, nous sommes en partenariat avec le studio Cryogène Prod (Bègles) pour l’enregistrement de maquettes. Pour la fabrication de disques, nous ferons appel à Reverberation (Bordeaux), structure qui regroupe un service de pressage et de sérigraphie, un label et un magasin de disques.

Pauline : Avec notre dispositif d’accompagnement COUCOU, nous avons répondu à l’appel à projet 2019 « Développement des coopérations professionnelles » du Contrat de Filière Musiques Actuelles et Variétés en Nouvelle-Aquitaine. Pour nous, c’était l’occasion de reparler du dispositif en dézoomant de Titouan et en se concentrant sur le dispositif en lui-même. On s’est dit qu’on avait déjà des partenaires de fait autour de ce projet, alors pourquoi ne pas formaliser ces partenariats et les rendre visibles ? Autant construire ce deuxième acte de COUCOU en y joignant les partenaires avec lesquels on travaille habituellement. Nous faisons naturellement appel à eux. Une relation de confiance est installée, avec de bonnes habitudes de travail et une reconnaissance professionnelle mutuelle.

Hélène : L’appel à projet était aussi une occasion pour réfléchir, se poser des questions que l’on avait peut-être pas encore approfondies… Avec l’appel à projet, nous espérons obtenir des financements afin d’élaborer davantage les outils d’accompagnement à destination des artistes.

Nous construisons au fur et à mesure le dispositif avec le groupe. L’essentiel est dans le dialogue. 

En quoi la relation entre scène et disque prend forme à travers ce dispositif ?

Pauline : Pour vendre des disques, il faut que des concerts aient lieu. Pour que le groupe trouve des dates de concerts, il faut avoir un disque. C’est poreux. Pour un artiste, c’est important d’avoir une trace de sa musique, d’avoir ses morceaux figés à un instant T. Pour autant, la rencontre avec son public à travers la scène est primordiale. Ces deux piliers sont naturellement liés.

Hélène : Je ne vois pas l’un sans l’autre. Certains artistes conçoivent la musique seulement d’un point de vue « studio »  ou « scène », mais ce n’est pas le cas pour moi. Ce sont deux portes d’entrée qui doivent être combinées pour développer un projet musical.

Comment avez-vous été amenées à travailler avec Titouan ?

Hélène : Cela fait un moment que je connais Titouan, le musicien, pas le duo. Nous avions travaillé avec lui sur une carte blanche pour une Nuit Féline de Miaou.

Pauline : Je faisais partie du jury du tremplin des Z’Arpètes à la M.A.C du CROUS. Lors d’une discussion antérieure, Hélène m’avait parlé de Titouan, en me disant que c’était un excellent projet. Même si les conditions scéniques n‘étaient pas idéales pour la danse, le duo avait très bien assuré leur représentation. J’ai trouvé que c’était une proposition originale, cela m’avait vraiment plu. Le projet est épuré tout en mêlant à la fois musique et danse. En même temps, c’est efficace, profond, très qualitatif. La danse et la musique ne sont pas deux éléments dissociés, mais forment bien un ensemble cohérent. Il y a un réel propos entre ces deux arts. C’était très bien pensé pour un jeune projet. Hélène et moi en avions discuté à nouveau par la suite, et on a voulu les revoir sur scène. Il y a eu, comme on dit, un « alignement des planètes » ! Tandis que notre envie de faire quelque chose ensemble se renforçait, nous sommes tombées sur Titouan, qui correspondait tout à fait au dispositif COUCOU. Ils étaient très contents qu’on leur propose cet accompagnement alors qu’ils n’étaient pas encore en quête d’un label ou d’un développeur d’artistes. C’était très bien pour tout le monde !

PIOU-PIOU, boîte à outils pour le développement de carrière…

Quels sont vos objectifs de développement pour Titouan ? Quelles ont été les actions mises en œuvre jusqu’à présent ?

Hélène : Nous avons organisé de nombreux rendez-vous pour bien identifier les besoins du groupe, savoir où ils en étaient et où ils souhaitent aller. À partir de là, on s’est répartie les tâches. Le groupe a eu la volonté d’enregistrer un EP, j’ai donc mis en place des séances d’enregistrement en studio.

Pauline : Titouan a souhaité faire passer son set live d’une heure à une heure et demie. J’ai donc mis en place une semaine de résidence avec la Maison des Arts Vivants de Villenave d’Ornon, où le groupe fera un concert de sortie de résidence le vendredi 15 mars ! Au niveau du live, l’objectif est d’apporter une visibilité au groupe et de le faire tourner au-delà de la métropole bordelaise et de la Gironde. On fait circuler le projet, on le partage à notre réseau… Titouan a aussi exprimé l’envie de s’impliquer dans le champ de l’action culturelle. Titouan tient beaucoup à ce volet-là, et nous allons le développer avec lui. Je lui ai envoyé une présentation des ateliers pédagogiques que Kiéki avait déjà mené avec d’autres groupes, pour voir si cela lui parlait. D’ailleurs, nous envoyons le groupe au Maroc en avril pour un projet d’action culturelle. Nous avons reçu une proposition d‘une association nommée SENS (Solidarité Echange Nord Sud), qui travaille avec des jeunes au Maroc. Chaque année, l’idée est d’y envoyer une équipe de jeunes artistes entre 18 et 25 ans, pouvant proposer des ateliers autour de leurs pratiques artistiques. Nous en avons fait la proposition à Titouan, qui a monté toute une petite équipe autour de lui, notamment avec le danseur Alexandre Sossah, des marionnettistes, des sculpteurs, des danseurs, des plasticiens… Ils vont y passer une semaine à travailler avec des écoles, des collèges… Des temps de représentation, de spectacles sont également prévus.

>>> Concert de sortie de résidence : + d’infos par ici <<<

// FUNKY BONUS

  • Quels seraient vos « animaux-totem » ?

Hélène : Bah moi c’est facile, c’est le chat! Ou sinon une licorne, pleine de paillettes et de magie, colorée !

Pauline : Le paresseux, j’ai adopté un paresseux qui s’appelle Michel, il vit avec moi. Il est en peluche, en coton certes, mais il a une âme. Ce paresseux est un citoyen du monde, il a visité déjà une dizaine de pays, c’est le paresseux le plus nomade et le plus actif du monde. C’est un animal un peu mou, qui prend son temps, qui ne fournit pas d’efforts pour rien, mais avec un vrai objectif.

  • Si vous aviez deux albums à fusionner…

Pauline : Si on prend la musique de Rachmaninov avec les paroles de Aya Nakamura, ça ferait Nakamuraninov, ce serait un bon choc culturel…

Hélène : Un album de Jamiroquai, j’adore, c’est intemporel, avec un bon Rage Against The Machine … Comme ça, tu as le groove et le vénère…

  • La musique de Titouan comme B.O d’un film…

Hélène : Je verrais bien la musique de Titouan dans un film d’Emir Kusturica, avec le côté exotique, une musique voyageuse, des rebondissements…

Pauline : Pourquoi pas L’Odyssée de Pi ou Sept Ans au Tibet… Un film avec un côté épique, de l’aventure, des paysages, des émotions… Bon on n’y arrive pas, Titouan a son propre film, ses propres images !

  • Une punchline à nous dire haut et fort…

Hélène : « Soyez heureux ! »

Pauline : Les 14 et 15 mars, on organise avec Miaou, l’Université Populaire de Bordeaux et les Vivres de l’Art, un événement pour questionner les relations entre musique et politique au sens large, qui s’appelle « Musiciens, Vos Papiers ! ». Le but est de mettre en lumière les liens entre musique et migration. Et la punchline de cet événement est : « Parce que Maître Gims est aussi politique que Léo Ferré ».