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[INTERVIEW] Stéphane Guichard, référent Culture Bar-bars

A l’occasion du Mois de la gestion Sonore, Agi-Son promeut sa campagne « HEIN ?! » à travers diverses actions. Le festival Culture Bar-bars, porté par le collectif du même nom, se déroulant du 22 au 24 Novembre, est l’un des événement où la campagne « HEIN ?! » sera présente. Nous avons interrogé M.Stéphane Guichard, gérant du « Palais de La Bière » (bar Poitevin adhérent au Collectif), un des organisateurs du festival, à propos de ce dernier et de la prévention des risques auditifs.

RIM : Bonjour Stéphane Guichard, vous êtes le gérant du Palais de La Bière, un des nombreux bars adhérent au Collectif Culture Bar-bars. Le festival va bientôt débuter, pouvez-vous définir le collectif en quelques mots ?

Stéphane Guichard
: De façon succincte, Le Collectif Culture Bar-bars à été créé car culturellement, il se passait des choses dans les bars mais il n’y avait aucun soutien. Partant de ce postulat, certains bars à Nantes se sont regroupés avec pour mot d’ordre : « Nous on existe ». Auprès de la mairie, nous souhaitons une unité, nous faisons des concerts gratuits dans des bars dans une démarche culturelle. Mais l’action peut prendre d’autres formes comme des expositions, du théâtre d’improvisation… c’est ça le concept de culture Bar-bars, c’est centré sur l’action culturelle des café-cultures, qui sont des lieux sociaux, le bar est un endroit où on cultive des liens, il s’agit de mettre l’accent sur cette identité.

RIM : Avez-vous des attentes particulières concernant le festival ?

S.G : Le premier enjeu est de montrer que les bars sont des endroits où il se passe quelque chose au niveau culturel. Nos enjeux à nous c’est d’attiser la curiosité des personnes n’étant pas au fait de la programmation culturelle dans les bars proches de chez eux. C’est à ça que ça sert, c’est l’une des plus grosses publicités pour le Collectif Culture Bar-bars, c’est à dire que, sans le festival, l’association et le collectif n’auraient pas de vie. L’important c’est de se donner du poids par rapport aux institutions, vis à vis des mairies et de l’État pour leur rappeler notre existence. La diversité culturelle existe tout l’année dans ces lieux, le festival fait office de coup de projecteur.

RIM : Comment s’est déroulée l’adhésion au collectif ?

S.G : J’étais un peu tout seul, à faire mon truc dans mon coin, à ne pas savoir comment ça marche, alors au départ on fait des erreurs, on ne mesure pas les enjeux, on ne connaît pas les méthodes de paiements… un jour, le patron du « Code Bar », bar un peu underground du centre ville qui programmait du metal (devenu depuis une cave à bière), est venu me voir en me proposant de rejoindre le collectif. J’étais intrigué par l’idée, j’allais rajouter 2 dates sur une semaine, ça ne changeait pas grand-chose de mon côté mais un peu sceptique vis à vis des tarifs d’adhésion à la structure et au festival, me questionnant sur l’utilité du collectif. Une personne dans l’association, en contact avec les bars, est venue me voir pour mieux m’expliquer en détail les intentions et les actions d’un tel collectif. J’ai été séduit par le projet, enfin j’allais avoir quelqu’un avec moi pour m’expliquer comment se passent les paiements, à un moment où je rencontrais des soucis avec la mairie, qui était réticente vis à vis de notre programmation culturelle. Ils s’interrogeait sur le bruit engendré par les concerts, demandant une licence d’entrepreneur de spectacle trop contraignante pour des petites structures comme nous. Cette licence est bien plus adaptée à des SMAC comme le Confort Moderne par exemple. C’est là où Culture Bar-bars est intervenu car dans le cadre de ses nombreuses actions, le collectif a réactivé un module pouvant s’apparenter à une petite licence d’entrepreneur du spectacle, ils ont mis en place un système de formation sur 3 jours validé par l’état, accessible pour tous les bars, qui est moins intense et plus ciblé sur nos problématiques.

RIM : À Poitiers, vous êtes quatre bars adhérents du Collectif Culture Bar-bars (Le Cluricaume Café, Le Zinc, Le Relax bar, le Palais de la Bière) ainsi que La Moustache à Chauvigny, et identifiés comme des endroits connus pour leur programmation musicale régulière. Comment réalisez-vous la programmation du festival ?

S.G : L’idée est un peu alambiquée, il faut que que le festival représente les valeurs de Culture Bar-bars mais à aucun moment le collectif ne doit imposer une programmation. L’objectif est que chaque bar montre ce qu’il aime faire, ce qu’il veut faire, ce qu’il veut présenter… les gérants d’établissements sont totalement autonomes, ils continuent de créer leur programmation. Le but du jeu est d’établir pour ce moment-là une programmation plus fournie et événementielle, les quatre concerts que nous avons choisi au Palais de La Bière sont dans cette logique, un artiste que nous n’aurions pas programmé habituellement pour raisons financières, nous allons le faire venir ici, nous sommes un lieu de petite jauge avec des moyens limités, mais à l’occasion du festival nous mettons le paquet.

RIM : L’association Agi-son va notamment œuvrer et promouvoir sa campagne « HEIN ?! », durant le festival, depuis combien de temps faites vous de la prévention des risques auditifs dans votre établissement ? Par quels moyens ?

S.G : Nous fournissons régulièrement des bouchons d’oreilles. En fait au « Palais de La Bière », tout comme à « La Petite Moustache », nous avons des lieux qui se ne prêtent pas tous les styles de musique. L’idée c’est qu’il y ait un confort d’écoute, du coup nous adaptons notre programmation avec des musiques qui ne nécessitent pas forcément de bouchons d’oreilles, on n’a pas de duo basse-batterie, on fait très attention à ça. Au début, quand j’ai commencé et que je ne savais pas trop ce que je faisais, il m’est arrivé d’avoir des groupes de metal dans l’établissement avec des musiciens qui avaient des amplis faisant deux fois leur taille… ça ne marche pas, ce n’est ni agréable pour les musiciens, ni pour la clientèle, ce n’est pas un plaisir d’écouter de la musique dans ces conditions là. Le plaisir est d’aller dans une salle, que le son soit partout, qu’on profite de la musique, ça c’est chouette. Au Palais de La Bière, l’idée est d’avoir des choses beaucoup plus « écoutables » et que même au plus près de l’artiste on puisse apprécier le concert. Autrement, nous mettons les affiches d’Agi-son pour expliquer aux gens pourquoi nous ne montons pas le son de façon démesurée, en leur expliquant que c’est pour leur confort et qu’ils profiteront mieux de leur soirée de cette façon.

RIM : De nouvelles normes vont être mises en place au niveau de la réglementation sonore, si sur le papier cela ressemble à une bonne avancée dans le cadre de la santé publique, cette réglementation soulève également certaines problématiques, que pensez-vous de ce décret et avez-vous des inquiétudes concernant la difficulté de son application dans des lieux de petites jauges ?

S.G : Je pense que les gens font ce qu’ils veulent dans leur établissement, s’ils veulent faire du metal dans les lieux de petites jauges et mettre la musique à fond, à partir du moment où les gens sont protégés et conscients des risques, qu’il n’y a pas de voisins… Maintenant, la plupart du temps, les gens ne sont pas très informés là-dessus, le fait de limiter est une idée mais, dans les faits, ça reste compliqué dans ces lieux. Je pense pour ma part que la meilleure chose est d’adapter la musique au lieu que nous avons à disposition, nous ne pouvons pas nous permettre de proposer des choses complètement délirantes au niveau du bruit et que le plaisir du client ne soit pas là, ou alors avec un but précis mais ça, c’est le problème du gérant de bar et des gens qui viennent aux concerts. Nous respectons déjà ces mesures, ça ne changera pas notre quotidien.

RIM : Vous œuvrez dans la diffusion des artistes indépendants depuis longtemps avec le Collectif Culture Bar-bars, comment voyez-vous le futur de cette scène ?

S.G : Heureusement que des structures comme le RIM existent, que des dispositifs comme le Gip Cafés Cultures sont crées… grâce à ça je me dis que ça va perdurer. Il y aura toujours des gens prêts à jouer de la musique, donc nous avons cette chance là. Nous sommes dans une époque qui est très changeante. Aujourd’hui, avec une platine on va faire de la musique qui, bien que très intéressante car elle permet de faire tourner des projets solo qui ne seraient jamais sortis auparavant, ne permet pas de jouer devant un public à court terme. Il y a toujours des gens qui affectionnent la musique live. Les maisons de quartiers et des lieux comme le Confort Moderne permettent d’accueillir ce public. Et puis il y a les bars, c’est là où mon combat est justifié dans le cadre du collectif car nous sommes vraiment là pour ça également, pour sauvegarder ces lieux, pour ne pas mettre la télévision avec des clips vidéos. Nous avons des concerts live, des choses qui se vivent, c’est hyper intéressant, nous avons un projet d’exposition avec la Fanzinothèque, des concerts très souvent… ça vit, c’est chouette quand nous avons des musiciens qui viennent qui font de la musique celtique, c’est top, les gars sont là, jouent entre eux, nous profitons du concert… heureusement que nous avons cela, et Culture Bar-bars nous permet de le conserver.

RIM : Le Gip Cafés Cultures, un coup de pouce pour une structure comme la vôtre ?

S.G : Le GIP, nous sommes frileux dessus, nous l’utilisons déjà et nous voulons l’utiliser, mais en terme de budget, les mairies ne font pas grand-chose dessus. À Poitiers, je ne sais pas s’ils font de grandes choses avec le GIP…

RIM : Le dispositif est plutôt récent…

S.G : …Exactement, c’est pour ça que pour l’avenir, tant que nous avons des structures comme ça il reste intéressant. Culture Bar-bars est à l’initiative du GIP, à l’initiative des chartes de vie nocturne avec les mairies, en intervenant notamment à Poitiers mais aussi à La Rochelle par exemple, où la ville a notamment payé le Collectif pour établir une charte de vie nocturne en prenant en compte les retours des gens. Ça montre qu’on peut se battre et faire évoluer les choses… il y a toujours des fous pour prendre un instrument de musique et faire de la musique en live ! Si nous gardons des lieux et des structures pour les accueillir ,ce qu’il s’y passe… c’est quand même vachement chouette !

 

Documentation :

Explication du GIP Café-Culture, notre chronique sur le sujet

Dossier de presse du festival Culture Bar-bars Poitiers