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[REPORT] Yes Ouïe Can, spectacle pédagogique de Virus Prod

Le RIM est allé à la rencontre de 3 artistes de la compagnie VIRUS PROD – Ludovic Barbut, Dawa Salfati et Renaud Marchal – à l’occasion d’une représentation de leur spectacle pédagogique « YES OUÏE CAN » sur le thème de la prévention sonore, au Lycée Tregey à Bordeaux. Élèves et professeurs donnent leurs impressions.

Ce report a été réalisé par Alya, volontaire en service civique au RIM.


VIRUS PROD, spectacles et machines sonores

Fondée en 1993 et basée à Saint-Astier en Dordogne, la compagnie œuvre dans la production et la diffusion de spectacles, la promotion et l’accompagnement des pratiques artistiques et culturelles en faveur des musiques actuelles et du spectacle vivant. À travers ses spectacles, VIRUS partage son univers musical, mécanique et de récup’ créative. La compagnie est née d’une envie d’importer les musiques amplifiées dans l’espace publique. L’identité de VIRUS : musique amplifiée de rue musico-bricolée sur roue.

Le spectacle YES OUÏE CAN

À travers son spectacle pédagogique Yes Ouïe Can, Virus Prod nous sensibilise à la prévention sonore :

Ferrailleurs de génération en génération, Micheline, Jean-Paul et Jean-Louie Frochard proposent à travers leur univers rouillé et déjanté une découverte des mécanismes auditifs et du son. Celle-ci passe par l’histoire des techniques et esthétiques des musiques des XXème et XXIème siècles ainsi que par une illustration originale du fonctionnement de l’oreille et la sensibilisation  aux  risques auditifs. Au gré d’un spectacle drôle et cocasse, les trois musiciens et comédiens disséminent des messages de prévention des risques liés à l’audition. Ce spectacle pédagogique et comique incite à la réflexion sur nos pratiques, ou comment bien gérer son exposition sonore quotidienne pour préserver sur la durée un capital précieux.

Place aux témoignages !

> Paroles d’élèves <

Quelles sont vos impressions sur le spectacle Yes Ouïe Can ?

Élève : C’est bien parce que ce spectacle nous apprend qu’il ne faut pas écouter trop fort la musique, car après on peut avoir des problèmes auditifs, et ceux-ci peuvent être irréparables… On ne savait pas forcément ce que le son trop fort pouvait causer… En plus, c’est bien parce qu’il est destiné aux jeunes.

Le RIM : Qu’avez-vous retenu de ce spectacle ?
Élève : J’ai appris toutes les couches qu’il y a dans l’oreille, de quoi elle est composée.

Le RIM : Pensez-vous modifier votre comportement d’écoute, vous protéger davantage ?
Élève : Oui tout à fait, ça nous a fait peur quand les artistes ont dit que l’oreille ne peut pas être soignée une fois endommagée. Du coup il faut se calmer. On va utiliser des bouchons, ils en ont proposé, donc on en a pris !

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> Quelques mots des professeurs <

Pourquoi avez-vous choisi de travailler autour de ce spectacle ?

Professeur : Nous avons choisi d’accueillir ce spectacle car le bruit, le son sont permanents. Ils nous entourent, et ils sont invisibles. Faire de la prévention autour de cela, ce n’est pas évident. Donc le moyen du spectacle, par la musique et le théâtre, est plus percutant qu’un cours, même avec de bonnes vidéos. Le spectacle leur permet de restituer des connaissances qu’ils ont eu, ou qu’ils n’ont pas eu, et de voir en direct le fonctionnement de l’oreille, le trajet du son dans l’oreille. Le spectacle est plus parlant. C’est utile de lier les deux, le cours et le spectacle.

Dans quel cadre s’inscrivent vos activités autour de la gestion sonore ?

Professeur : Le bruit est un module que l’on voit en première bac pro, notamment. Là il y avait aussi des secondes, c’est bien, ça leur permet de faire de la prévention, et les terminales l’ont déjà vu. Le thème du son et du bruit est inclus dans une matière que l’on appelle « Prévention, santé et environnement ». On travaille aussi avec une infirmière qui propose des actions de ce type.

le bruit, le son sont permanents. Ils nous entourent, et ils sont invisibles […] le moyen du spectacle, par la musique et le théâtre, est plus percutant qu’un cours

Comment s’est déroulé votre travail avec les élèves en amont ?

Professeur : Quand on a les secondes, on fait un sondage avec les élèves pour savoir qui écoute la musique avec des baladeurs mp3, le téléphone… On est aussi amené à mesurer avec un sonomètre l’intensité de la musique qu’ils écoutent. Mais en amont, le travail se fait beaucoup autour du cours.

Souhaiteriez-vous aller plus loin dans vos actions de prévention ?

Professeur : Oui, les actions de prévention pourraient se faire aussi auprès des élèves aux ateliers Indus, donc en électro-tech ou en technicien d’usinage, où le bruit est très fort. C’est assez cher, mais ce serait bien de faire des cartes de bruit, ou alors des mesures de bruit sur une journée, dans le but de les sensibiliser sur leur lieu d’enseignement, mais aussi sur leur lieu de travail.

> VIRUS nous dit tout <

Pourquoi avez-vous créé et participé à ce spectacle ?

Ludovic : À l’origine, c’était une commande. À l’époque, la Rock School Barbey avait répondu à un appel d’offre et ils n’avaient pas de spectacle. Nous avions eu vent de cela, et on a donc proposé un spectacle. Un comité de pilotage s’était monté en Dordogne, justement pour en créer un. Au lieu de partir sur un spectacle labellisé Peace & Lobe par Agi-Son, l’idée était de partir sur une formule beaucoup plus petite, tout terrain, et plus théâtrale.

Renaud : Et ça nous intéressait de rejoindre le projet car nous avions tous des problèmes d’audition justement, en ce qui nous concerne. On avait des problèmes d’acouphènes, car quand on avait 15-16 ans, on ne parlait pas encore de protection, donc on ne se protégeait pas en concert, en boîte… Et donc ça m’intéressait d’en parler à travers ce spectacle, pour que les jeunes ne fassent pas les mêmes erreurs que moi, qu’ils ne se retrouvent pas avec les mêmes problèmes.

Votre travail sur ce spectacle a-t-il changé vos habitudes de pratique et d’écoute, et si oui, dans quel sens ?

Renaud : Il y a plein de choses qu’on ne savait pas, notamment sur les moyens de protection de tous les jours, même à la maison. Et puis après sur l’écoute avec le téléphone portable, et les baladeurs à l’époque. Et pour les concerts, on s’est tous fait faire des bouchons moulés, c’est très pratique.
Dawa : Maintenant j’écoute de la musique sur enceintes, plus avec les écouteurs.

Comment avez-vous été amenés à travailler ensemble ?

Dawa : Ils ont d’abord commencé tous les deux.
Ludovic : On avait monté une première équipe en 2009, quand il y a eu cet appel à projet. On a répondu, d’abord avec Delphine. Puis au bout de 4 ans, elle a arrêté, et donc Dawa est venue nous rejoindre. Il y avait un gros cahier des charges puisqu’on devait parler du son, du fonctionnement de l’oreille, de l’histoire, de l’évolution des musiques amplifiées, et sous forme théâtrale.
Renaud : Comme on parle de musique, d’oreille et comme il y a du jeu théâtral, l’idée était de mélanger comédiens et musiciens. Moi je ne suis pas du tout musicien. Ludo est musicien à la base.
Dawa : Moi je ne suis pas du tout comédienne, mais j’ai appris sur le tas.

Que retirez-vous de cette expérience ?

Ludovic : On se rend compte de l’importance d’une bonne gestion sonore. On a vu l’évolution, la banalisation du téléphone portable, du format mp3, et des conséquences de tout cela. Des jeunes ont déjà des acouphènes à moins de vingt ans. On a un autre spectacle pour les primaires, où on réalise qu’à partir du CE2, ceux qui ont des téléphones portables écoutent déjà leur musique à fond. C’est hallucinant. Le fait d’avoir ces deux spectacles c’est du rabâchage, c’est le principe de la pédagogie. Il y a même un autre spectacle qui est en train de se créer dans les Landes pour les maternelles. Donc en Nouvelle-Aquitaine, il y en aura pour les maternelles, les primaires, et les collèges/lycées/adultes. Ça nous est aussi arrivé de jouer ce spectacle en entreprise, en milieu professionnel.
Renaud : Ce que ces spectacles nous apportent à nous tous en particulier, c’est de sentir qu’on sensibilise, que le message passe. Non seulement on rigole avec la forme théâtrale, mais que ce soient les petits, les adolescents ou les adultes, on sent qu’il en ressort quelque chose. Nous on prend du plaisir à le faire, eux à l’écouter, c’est important.

Amenez-vous ce spectacle hors du milieu scolaire ?

Dawa : Oui, on l’a joué pour des personnes en handicap, en colonie de vacances, en entreprise… Ce spectacle a l’avantage d’être tout terrain, flexible. On peut même le faire à l’extérieur, on a juste besoin d’une prise électrique.

Le RIM : Sur un plan plus artistique, quelle a été votre démarche pour rendre compte de la gestion sonore au sein de votre spectacle ?
Renaud :
L’idée était de ne pas être moralisateurs. On voulait faire quelque chose de comique, mais avec un message sérieux derrière.
Ludovic : Et toute la partie récupération, c’est l’ADN de Virus. On fait tous nos spectacles avec de la récup’. À l’origine, cela devait même être un spectacle de rue car tout s’attache à l’arrière de la moto, et on peut jouer en rue. On ne l’a jamais fait mais c’est prévu! On aimerait jouer dans un festival de rue.

« L’idée était de ne pas être moralisateurs. On voulait faire quelque chose de comique, mais avec un message sérieux derrière ».

Vous êtes en étroite coopération avec la Fédération Hiero et La Nef sur la gestion sonore. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

Ludovic : On fait des échanges avec eux cette année. L’Agence Régionale de Santé a demandé que les 3 spectacles tournent dans les 3 ex-régions. On est allé jouer en Poitou-Charentes, la Fédération Hiero vient jouer « Du son pour l’audition » à Périgueux au Sans Réserve, et le spectacle « Sonorama » de La Nef a été joué à Tulle aux Lendemains qui Chantent.

Que pensez-vous du décret sur les nouvelles limitations sonores en concert ?

Ludovic : C’est très compliqué, et ce n’est pas la solution. Ce décret va encore fragiliser les festivals, c’est déjà de plus en plus compliqué pour eux avec toutes les mesures de sécurité, et en plus avec les études d’impact, c’est impossible. Il faudrait faire venir un groupe la veille du concert pour réaliser l’étude d’impact, cela coûte 2000 euros. Plein de choses comme cela ne sont pas applicables, c’est techniquement impossible. Ce sont des décisions technocratiques, qui ne fonctionnent pas sur le terrain. Et puis artistiquement, pour certains groupes, ce serait très compliqué. Et même, pour les groupes étrangers, qui ne sont pas soumis à cette législation dans leur pays et les autres pays, va-t-en leur dire de jouer à maximum 102 dB. Ils ne vont pas s’embêter à jouer dans un pays où on les contraint à cet abaissement de niveaux sonores.
Renaud : La solution est de se protéger chacun à son niveau, au lieu de faire de la répression. On peut écouter de la musique à fort volume, mais chacun doit prendre conscience et utiliser des moyens de protection. Il faut plutôt de la prévention que de la répression !

Protéger son audition, pourquoi ?

Tout simplement parce qu’aujourd’hui, nous nous trouvons dans un contexte marqué par :

  • des temps plus longs d’écoute et de pratiques musicales
  • de hauts niveaux sonores émis par les systèmes d’amplification, que ce soit lors de concerts, de répétitions musicales, d’écoute aux baladeurs, dans les discothèques…
  • la mise en avant de risques auditifs liés à ces modes d’écoute et de pratique (perte temporaire d’audition, acouphènes, dommages irréversibles…)
  • une faible prise de conscience des risques et moyens de protection chez les auditeurs

En partant de ce constat, la filière musicale se mobilise pour la sensibilisation et la prévention autour des risques auditifs, en informant et délivrant des conseils pour protéger son audition, tout en conservant le plaisir de l’écoute (en savoir +).

Cette démarche de prévention se décline notamment à travers des spectacles pédagogiques, des concerts de sensibilisation aux risques auditifs à destination des jeunes et du public scolaire.

À VOIR AUSSI : OUÏE CHEF de VIRUS PROD